LITURGIE du DIMANCHE
commentaire sur la Parole

 

Parmi les anges et les bêtes
18 février 2018 – 1er Dimanche du Carême



Lectures bibliques

Gn 9,8-15
Psaume 24

Tes chemins, Seigneur, sont amour et vérité
pour qui garde ton alliance.

1 P 3,18-22
Mc 1,12-15



« Dieu, notre Père, avec la célébration de ce Carême, signe sacramentel de notre conversion, accorde-nous de progresser dans la connaissance du mystère du Christ et de témoigner de lui par une vie digne ». La prière (collecte) de ce premier dimanche met en évidence trois aspects du temps de Carême. Premièrement, le Carême est un «signe sacramentel de notre conversion ». Nous sommes toujours appelés à nous laisser assimiler au Christ moyennant la conversion, particulièrement en cette période de quarante jours qui atteindra son sommet dans la Pâques. Cette assimilation conduit à la connaissance du Christ, dans l’expérience joyeuse que « rien n’est meilleur que lui » (Ignace d’Antioche). Le troisième aspect, c’est le témoignage par « une vie digne ». Saint Ambroise écrivait que « celui qui regarde le Christ se convertit; celui qui se convertit, voit mieux : quiconque le voit avance sur ses voies », annonçant ainsi la bonne nouvelle du salut à chaque personne.

Un arc au milieu des nuages

Après le déluge, Dieu établit une alliance avec Noé et ses descendants à l’intérieur de laquelle il promet de ne plus dévaster la terre. Comme signe, il met dans le ciel, un arc – l’arc-en-ciel – qui d’arme punisseur devient ainsi signe indéfectible de paix. L’arc-en-ciel atteste que Dieu a inauguré un nouveau début avec l’humanité renouvelée dans le bain purificateur des eaux. La tradition chrétienne ne tardera pas à relire cet épisode comme une préfiguration du baptême qui régénère la nouvelle créature pour une alliance éternelle avec son Créateur. Gianfranco Ravasi note que « ce salut est une grâce pure et totale : même le signe n’est pas exigé de l’homme (comme pour la circoncision); il est donné par Dieu qui le fait resplendir dans ses cieux » (v. 13). Dans le passage de Gn 9,8-15, il y a un deuxième symbole également important et suggestif, c’est l’arc. L’arc sauve Noé et sa famille comme il sauvera la vie de Moïse (cf. Ex 2). Dans les synagogues juives, l’ambon où la Torah est déposée s’appelle significativement, tevah, arc. Par conséquent, la parole de Dieu est une parole de vie qui maintient dans l’existence la création et l’homme, les orientant à la fois vers la plénitude des cieux nouveaux et de la terre nouvelle.

Les eaux baptismales

La deuxième lecture extraite de la première lettre de Pierre nous parle de l’arc. Si l’arc sauve Noé et la création de la force destructrice des eaux, pour Pierre, ces eaux ne véhiculent plus la mort mais la vie. Ce sont les eaux sanctifiées par le Christ, les eaux baptismales. Dans le passage que la liturgie propose, Pierre rappelle presque tous les mystères de la foi chrétienne. Il parle d’abord de la Passion (v. 18), ensuite de la descente du Christ aux enfers (v. 19), et finalement de sa résurrection et ascension au ciel (v. 21-22). Grâce au baptême (v. 21), le croyant est introduit dans la Pâques du Christ et, en lui, dans le mystère du Père. Pierre définit le baptême comme une « invocation de salut adressée à Dieu par une bonne conscience » ou, pour en rester à une autre traduction, « l’engagement d’une bonne conscience vis-à-vis de Dieu ». Le terme invocation a deux significations : il se réfère à l’invocation sacramentellement efficace, élevée à travers le rite baptismal, ou bien, il peut indiquer l’engagement que le croyant assume par rapport à Dieu.

Le droit martial

Le récit de Marc est une sorte de diptyque qui souligne d’une part l’épreuve de Jésus au désert, et de l’autre, les débuts de sa prédication en Galilée. Arrêtons sur le premier passage.

« Aussitôt, l’Esprit le pousse au désert » (Mc 1,12). C’est ainsi que Marc introduit l’épisode. Plus littéralement, nous devrions traduire : « Et l’Esprit le chassa immédiatement dans le désert ». Nous avons ici le verbe «chasser» que Jésus utilise dans son action contre les démons. Comment se fait-il que Marc utilise ce verbe? L’Évangéliste fait très probablement allusion à Adam chassé du Paradis après le péché (cf. Gn 3,1-24). Quelqu’un peut objecter que Jésus est chassé même avant d’être tenté… c’est vrai, mais nous ne devons pas oublier qu’en quelque sorte, il est déjà venu en contact avec le péché au baptême dans le Jourdain. Jésus est donc le nouvel Adam qui sortira vainqueur de l’épreuve. Dans l’Écriture, être chassé à cause du péché est presqu’un stéréotype. Adam fut chassé, Caïn fut chassé pour avoir tué Abel (cf. Gn 4,14), les populations de Canaan, à cause de leur idolâtrie (cf. Ex 23,28), et même le peuple élu, à cause de son infidélité persistante (cf. Os 9,15). En utilisant le verte «chasser» Marc a voulu unir à Jésus les origines de l’Histoire du salut.

En outre, Marc note que Jésus « vivait parmi les bêtes sauvages » (v. 13). Cette observation est intéressante parce qu’elle atteste une manière d’être de Jésus. En effet, avec Jésus, la sympathie de Dieu entre dans le monde. Le désert avait déjà connu l’action salvifique de Dieu; pensons à l’Exode où Dieu a accompagné son peuple pendant quarante ans. Mais ce n’était pas encore sa sympathie, souffrir avec, faire face au combat à partir de l’intérieur et pour l’humanité. Maintenant, en Jésus, Dieu vit une solidarité sans précédent. Ensuite, le fait que Marc mette en évidence que Jésus était avec les bêtes ne doit pas être compris comme si Jésus vivait la condition paradisiaque où les animaux vivaient pacifiquement avec l’homme. Les bêtes représentent l’humanité; pas une humanité abstraite mais une humanité lacérée par le péché, secouée par le malin. Même les anges représentent l’humanité, mais cette partie qui a voulu suivre Jésus jusqu’au fond en faisant du service un signe de son adhésion au Maître.

Maintenant, voyons le deuxième passage.

Après l’arrestation de Jean, Jésus parcourt la Galilée en annonçant l’Évangile de Dieu qui est lui-même (cf. Mc 1,1). Sa première parole concerne le présent : « Les temps sont accomplis » (Mc 1,15). La prophétie est terminée et maintenant, avec Jésus, nous sommes dans les temps de l’accomplissement. Le présent rassemble en soi le passé et l’avenir, ce qui a été et ce qui sera. Cette adhésion au présent est très importante, même anthropologiquement. On vit souvent l’illusion du futur ou la nostalgie du passé, en passant notre vie dans la préoccupation et le regret. Au contraire, il importe de bien vivre le temps présent dans lequel Dieu opère le salut.

D’où l’urgence de la conversion. Si la présence de Jésus a déjà inauguré le Royaume de Dieu, son expansion dépend de notre liberté. La conversion consiste à se tourner vers lui, accomplissant avec lui l’exode des ténèbres à la lumière, de l’esclavage à la liberté, de la mort à la vie.

La foi dans l’Évangile, dans la parole de Jésus suit la conversion. Lorsque nous parlons de la foi, il ne faut pas la comprendre au sens intellectuel. La foi exprime un type de relation que nous voulons instaurer avec le Seigneur. La foi en Lui porte à en faire le centre de notre vie, le critère des choix d’action, le cœur de chaque relation interpersonnelle. Croire signifie alors se faire tout oreille pour l’écouter, avoir les pieds prêts à le suivre, les yeux pour le voir dans la trame de l’histoire, les mains pour le toucher, et surtout, un cœur pour l’aimer et témoigner de lui.

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En ce premier dimanche de Carême, la liturgie souligne le nouveau commencement que Dieu inaugure pour l’humanité dans le signe de la réconciliation et de la paix après le déluge (première lecture). Dans la nouvelle économie salvifique, cette régénération advient dans les eaux du baptême (deuxième lecture). Alors, ce temps liturgique, en plus de préparer les catéchumènes au baptême dans la nuit de Pâques, est aussi un espace idéal pour approfondir notre propre baptême. Si le Christ glorieux est sorti du tombeau; la créature nouvelle renaît des eaux fécondées par l’Esprit. Cependant, il importe d’accueillir la grâce; d’où la réponse à travers un cheminement pénitentiel de conversion (Évangile). Ceci comporte certainement un combat contre le mal qui tente et menace continuellement l’homme, mais comme la Préface de la messe proclame, le Christ « nous a enseigné à résister au péché pour parvenir à la Pâque éternelle »
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