LITURGIE du DIMANCHE
commentaire sur la Parole



Jésus, l’agneau qui sauve
14 janvier 2018 – 2e dimanche du Temps ordinaire



Lectures bibliques

Première lecture: 1 S 3,3b-10.19

Psaume: 39(40), 2.4.7-10
Me voici, Seigneur, je viens faire ta volonté.

Deuxième lecture: 1 Co 6,13c-15a.17-20

Évangile: Jn 1,35-42

 


Tout de suite après l’Ascension, Pierre se hâta pour que la place laissée vacante par Judas Iscariote soit occupée par un homme choisi par la communauté. Cet homme devait avoir vécu avec Jésus et les Douze «en commençant par le baptême de Jean jusqu’au jour où, parmi nous, il est monté au ciel» (Ac 1,21-22).

Pourquoi à commencer par le baptême de Jean? Parce que l’Église naissante voyait dans l’apostolat du Baptiste le début de l’apostolat de Jésus. En l’occurrence, Jésus commença à appeler ses disciples. Jésus le fit parce que «Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité» (1 Tm 2,4). C’est un projet fantastique que Dieu pourrait actualiser seul et immédiatement. Cependant, en agissant ainsi, il supprimerait la liberté de sa créature. En effet, l’homme ne peut pas se sentir libre de choisir quand l’Infini l’interpelle directement. Il se sentirait dominé par le Fascinans et par le Tremendum. Dieu propose le salut – sauf exception (l’appel de Paul proche de Damas) – de manière immédiate, et la médiation se réalise à travers les hommes.

Par conséquent, le salut arrive aux hommes à travers la médiation d’autres hommes que Dieu a associés à Lui dans cette mission (Jn 1,35-42). La manière dont Dieu associe ces hommes à l’accomplissement de la mission du salut est variée et géniale. Même durant le sommeil, Dieu peut faire entendre sa voix et appeler les personnes à devenir des artisans de son salut (première lecture). Il est certain que Dieu appelle des personnes qui assument son dessein de salut et qui répètent continuellement dans leur cœur ce qu’Isaïe a dit dans le temple, devant le trône du Seigneur: «me voici, envoie-moi!» (Is 6,8).

La prière (collecte) traduit le message théologique de l’Évangile. À la fin de la demande, elle invite les membres de l’assemblée à se sentir, non seulement les destinataires du salut mais les disciples que Dieu a choisis pour annoncer le salut aux autres: «Fais que nous ne laissions pas tomber dans le vide aucune de tes paroles, pour reconnaître ton projet de salut et devenir apôtres et prophètes de ton royaume».


L’Évangile

Dans le texte biblique original, la péricope de Jean 1,35-42 commence avec l’expression «Le lendemain» (cf. Jn, 1,29.35.43; 2,1) donnant vie – selon plusieurs biblistes - à la semaine johannique qui se terminera avec les noces de Cana en Galilée. Ce n’est pas la préoccupation de la liturgie qui enlève cet incipit et le remplace par le plus commun «En ce temps-là».

Le passage évangélique contient des répétitions qui permettent une subdivision du texte en deux moments, où la structure narrative paraît identique: présentation des protagonistes, Jésus et son regard, le dénouement de l’épisode. Jean (1,35-39) raconte l’épisode de la rencontre de Jésus et des deux premiers disciples (structure= a: deux disciples; b: Jésus + voyant; c: venez et vous verrez). Jean (1,40-42) présente l’épisode de la rencontre de Jésus et de Pierre (structure= a: un des deux disciples; b: Jésus + posant le regard; c: tu t’appelleras Képhas).

Le texte biblico-liturgique de l’Évangile touche le thème délicat de l’homme qui n’est pas appelé à chercher des idées mais à chercher une personne, Jésus. Ayant trouvé Jésus, il le suit.

Le récit commence avec le Baptiste qui indique Jésus comme «agneau de Dieu». Il s’agit d’un accomplissement et d’une prophétie. Le titre d’agneau de Dieu est un des attributs du Serviteur du Seigneur: «Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche: comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche» (Is 53,7). Donc, l’accomplissement vient du fait que l’agneau de Dieu est lié, théologiquement et linguistiquement à la figure du Serviteur du Seigneur et, par conséquent, Jean annonce que cette figure mystérieusement annoncée par le Deutéro-Isaïe s’est fait présent en Jésus de Nazareth. Au contraire, la prophétie est donnée du fait que l’agneau de Dieu est l’agneau pascal: Jésus va mourir tandis que l’agneau de la Pâque est tué dans le temple. Donc, Jésus est l’agneau de la Pâque nouvelle et définitive, sacrifice de Pâque immolé (cf. 1 Co 5,7).

Les deux disciples du Baptiste choisissent donc de suivre l’agneau. Dans la théologie johannique, cela équivaut à «se consacrer définitivement» à Jésus, agneau pascal, opérateur du salut.

André, qui a fait l’expérience de «demeurer avec» Jésus, témoigne du messianisme du Maître et sert de guide à son «frère» Simon. La vocation pré-pascale de Simon (Jn 1,40-42) a comme trait caractéristique le changement de nom. Au livre de la Genèse 11,4, les hommes de Babel veulent «se faire un nom», tandis qu’Abraham accepte d’avoir un nom que Dieu lui donne (cf. Gn 17,5). Les premiers se dressent «contre Dieu», le deuxième, est «l’ami de Dieu» et il accepte d’être «possession» divine. Dans ce texte johannique, Simon devient, comme Abraham, ami et «possession» de Jésus. En même temps que le nom nouveau de Pierre, Jésus prépare son apôtre à la mission qu’il devra achever (cf. Mt 16,18). «Et moi, je te le déclare: tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle»).

Dans ce court récit, nous pouvons trouver quelques données essentielles de la théologie de la vocation. La vocation naît d’une indication donnée par un maître (le Baptiste) ou par la communication d’une expérience d’un frère (André). Dieu appelle l’homme (Pierre) à travers la sagesse et l’expérience d’autres hommes. L’appelé accepte d’être «ami et possession de Dieu». Ce qui arrive à Pierre, arrive à chaque chrétien (avec toutes les variantes personnelles du cas).


La première lecture

La première lecture présente en résumé la vocation émouvante de Samuel comme prophète. Le texte a été appauvri de huit versets dans lesquels Dieu confie à Samuel le châtiment qu’il va infliger à Élie et à ses fils (I S 3,11-18). Même le début originel du texte biblique a été modifié: il est remplacé par le classique incipit liturgique «En ces jours-là».

La péricope biblico-liturgique est fondamentalement marquée par l’appel de Dieu (1 S 3,4.6.8.10) et par la réaction sympathique de Samuel qui, s’étant réveillé, court par trois fois vers le prêtre Éli. Finalement, instruit par Éli, lorsqu’il est appelé pour la quatrième fois, Samuel répond adéquatement: «Parle, Seigneur, ton serviteur écoute». Le texte présente un des nombreux modèles de vocation qui se trouvent dans la Bible; il en ressort que l’appelé ne se rend pas toujours compte de l’appel. Guidé par quiconque a vécu l’expérience avec Dieu, avant lui, l’appelé apprend à accueillir l’invitation de Dieu. Par la suite, ce sera la vie qui confirmera cet appel parce que Dieu est fidèle: «le Seigneur était avec lui, et il ne laissa aucune de ses paroles sans effet».


La deuxième lecture

La deuxième lecture est un texte choisi (1 Co 6,13c-15a. 17-20). On a supprimé les parties où l’apôtre illustrait un exemple (fréquentation des prostituées), adapté à ses lecteurs. Le thème fondamental est simple mais profond: avec le baptême, le chrétien devient une seule chose avec le Christ (cf. Rm 6,5). «Nous avons été intimement unis à Lui». Chaque péché est extérieur à son corps, mais l’impureté implique le corps, et par conséquent, elle devient un sacrilège parce qu’elle contamine aussi le corps du Christ.

R. DE ZAN