LITURGIE du DIMANCHE
commentaire sur la Parole

 

Il parlait du sanctuaire
de son corps

4 mars 2018 – 3e Dimanche du Carême



Lectures bibliques

Première lecture: Ex 20,1-17

Psaume: 18,8-11
Seigneur, tu as les paroles de vie éternelle.

Deuxième lecture: 1 Co 1,22-25

Évangile: Jn 2,13-25


Alors que notre chemin quadragésimal devient de plus en plus une école où réapprendre l’alphabet de notre baptême, la parole de l’apôtre Paul nous oriente d’une manière claire et décisive: «Ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes» (1 Co 1,25).

Ce texte lapidaire de Saint Paul nous paraît enflammé; il peut être utilisé pour interpréter et bouleverser la sensation courante devant la splendeur du lieu de culte: «Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi, tu le relèverais?» (Jn 2,20). L’Évangéliste note immédiatement «Mais lui parlait du sanctuaire de son corps» (2,21), non seulement pour éviter un malentendu, mais pour ouvrir le cœur à une majeure compréhension du vrai sens des grandeurs et pour ouvrir les yeux sur les proportions authentiques. Quarante-six ans ont été nécessaires pour édifier le monument que le Talmud vante comme étant parmi les plus beaux, sinon le plus beau dans sa totalité: des marbres énormes de couleurs variées faisaient apparaître le sanctuaire construit par Hérode comme une partie d’océan où le ciel même se reflétait librement.

Historiquement, on fait remonter le début de la construction à l’an 19 av.-C. Quelqu’un s’est pieusement diverti à mettre à cette date la naissance de la Mère du Seigneur qui, dans l’Évangile selon Jean, apparaît un peu avant le geste de la purification du Temple pour apparaître de nouveau précisément sous la croix avec le disciple aimé. Personne ne peut démontrer que la Mère du Seigneur soit née l’année au cours de laquelle les travaux du Temple commençaient, mais ce serait une belle expression de l’ironie divine: tandis qu’Hérode aurait fait commencer son projet pharaonique d’ostentation et de faste, le Très-Haut aurait commencé à construire, dans la discrétion absolue et l’humilité, l’arche non pas faite de mains d’homme où le vêtement humain du Verbe du Père serait délicatement et amoureusement tissé. Avec leur imagination symbolique, les Pères de l’Église retrouvent dans le nombre des années nécessaires à la construction du Temple ce qui correspond à la valeur numérique du nom d’Adam qui devient, à la plénitude des temps, l’«Ecce Homo» que Pilate présente à la foule.

…Nonobstant le fait que le Temple reste symboliquement le lieu de la rencontre possible de notre humanité avec la vie divine, en réalité, il n’y a qu’un seul lieu où nous pouvons rencontrer Dieu pour l’accueillir et l’annoncer: l’espace réel de notre existence. Dans cet espace intérieur, moment après moment, nous sommes appelés à faire des choix justes, pour l’honneur de Dieu et pour le bien de tous les humains et de tout l’être humain. Ce jeu de relation et d’amour s’avère impossible chaque fois que la logique du «marché» (Jn 2,16) remplace la logique de la gratuité.

…La liturgie de ce dimanche-ci commence avec la mémoire de l’alliance conclue entre Dieu et son peuple à travers le don des «Dix paroles» sur le mont Sinaï. Après l’alliance renouvelée avec Noé dans les flots du déluge et celle ratifiée avec Abraham dans l’angoisse de Moriyya, aujourd’hui, nous sommes invités à entendre de nouveau ces paroles qui ne veulent pas imiter, mais fortifier notre liberté en créant une digue aux vagues anormales de notre égoïsme qui sont toujours aux aguets. C’est pourquoi le décalogue commence avec la mémoire: «Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison d’esclavage» (Ex 20,2).

…L’air, qu’on respire dans les cours du temple, si beau et glorieux, est bien différent, au point de coûter si cher et d’avoir besoin de tout un marché qui en assure le fonctionnement et la splendeur: «les marchands de bœufs, de brebis et de colombes, et les changeurs de monnaies» (Jn 2,14). La grandeur a un prix qui risque d’écraser la beauté d’un don réciproque et l’amour comporte toujours une dose de folie qui se manifeste dans le mystère du «Christ crucifié: scandale pour les Juifs et folie pour les nations païennes» (1 Co 1,23). Il n’y a rien de plus subversif que l’amour et il n’y a rien de plus révolutionnaire que la gratuité: «mais lui parlait du sanctuaire de son corps» (2,21) qui serait élevé sur la croix où ce n’est pas la grandeur qui est révélée, mais «la faiblesse de Dieu» (1 Co 1,25).

Aujourd’hui, la douceur divine de Jésus prend les traits d’une sainte colère. Devant l’hypocrisie et la fausse ingénuité, l’unique solution prometteuse, c’est de faire le vide. Nous ne pouvons que remercier pour la clarté et le caractère incisif avec lequel le Seigneur nous place devant les exigences d’une vie qui soit réellement selon le cœur de Dieu, sans jamais céder à la logique du marché.

Comme les disciples, nous devons nous souvenir des paroles et des gestes du Seigneur pour éviter que la commercialisation, même spirituelle, élargisse le fossé entre nous et l’Évangile par manque de gratuité. La réponse du Seigneur Jésus aux Juifs est faite dans le contexte d’un temps précis et symboliquement fort: «La Pâque juive était proche et Jésus monta à Jérusalem» (2,13). La fête, qui rappelle le don de la liberté que Dieu offre à son peuple, devient l’occasion pour vendre davantage, alors qu’elle devrait être le moment pour donner davantage, pour se donner davantage. C’est pourquoi le Seigneur semble lancer justement un «signe» qui renforce la logique du «marché» et pour cela, il engage sa personne d’une manière totale, unique, définitive: «Détruisez ce temple et en trois jours, je le relèverai» (2,19).

Saint Paul annoterait: «Le Christ est puissance de Dieu et sagesse de Dieu» (1 Co 1,24) qui se révèle cependant non pas dans la force de l’évidence et dans la logique précise des «changeurs de monnaie (Jn 2,15) mais dans la «faiblesse» (1 Co 1,25) du don de soi. Les «trois jours» dont le Seigneur parle ne veulent pas entrer en concurrence avec «les quarante-six années» (Jn 2,20) d’Hérode; ils désirent élever l’histoire des hommes dans les temps et les modalités de la «folie de Dieu» (1 Co 1,25) qui devient la sagesse à laquelle nous devons conformer notre vie.

MICHEL DAVID S.

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