LITURGIE du DIMANCHE
commentaire sur la Parole



Convertissez-vous et croyez à l’Évangile!
21 janvier – 3e dimanche du Temps ordinaire



Lectures bibliques

Première lecture: Gn 3,1-5.10

Psaume: 24 (25), 4.6.7b-9
Seigneur, enseigne-moi tes voies.

Deuxième lecture: 1 Co 7,29-31

Évangile: Mc 1,14-20

 


Un film de Jean Delannoy intitulé Dieu a besoin des hommes est sorti en 1950. Le titre pourrait résumer le thème fondamental de l’Évangile du jour (Mc 1,16-20), en quelque sorte, déjà annoncé prophétiquement dans la péricope de Jonas (Gn 3,1-5.10). Dieu a choisi d’avoir besoin des hommes pour sauver les hommes. La mission de Jésus est pour toute l’humanité. L’invitation à se convertir et à croire à l’Évangile est une proposition universelle. La personne qui accueille cette invitation ne pense plus seulement à elle-même; elle assume le projet salvifique du Maître.

C’est pour cela que Jésus commence par la prédication et que, par la suite, il appelle ses disciples. Avec une patience infinie, Dieu se charge d’éduquer ceux qu’il appelle. Pour libérer le peuple hébreu de l’Égypte, il choisit Moïse; pour libérer Israël des Madianites, il choisit Gédéon (et il a dû beaucoup insister); pour parler aux hommes, il a choisi les prophètes; pour convertir les habitants de Ninive, il a choisi Jonas; pour diffuser l’Évangile, il a choisi des femmes et des hommes, même des laïcs: Aquilas et Prisca ou Andronique et Junia. Tous les chrétiens – en premier lieu, apôtres; en second lieu, prophètes; en troisième lieu, docteurs; ainsi de suite (cf. 1 Co 12,28) – sont appelés, chacun selon son propre charisme à être des collaborateurs de Dieu pour le salut des hommes. La prière (collecte) transforme cette vérité de foi en prière: «Fais que nous sentions l’urgence de nous convertir à Toi et d’adhérer de toute notre âme à l’Évangile afin que notre vie annonce également à ceux qui doutent et à ceux qui sont loin, Jésus Christ, l’unique Sauveur».

C’est surprenant que Jésus appelle les siens sur la rive du lac, pendant le travail, à une heure qui n’a rien de sacré. Cependant, c’est le style de Dieu. Moïse fut appelé alors qu’il paissait le troupeau. Gédéon, tandis qu’il battait le blé. Samuel, alors qu’il se reposait la nuit, Nathanaël, sous le figuier, Mathieu, alors qu’il se trouvait au banc des impôts et – pour en finir avec les exemples – Paul, qui se rendait à Damas pour enchaîner les chrétiens. Dieu appelle à la mission de proposer le salut au monde, à tout moment et en tout lieu.

L’Évangile

Il n’y a aucune différence entre le texte biblique et le texte biblico-liturgique de l’Évangile. Toutefois, la péricope de Marc est une péricope composée. En effet, l’exégèse fait une distinction entre le sommaire de la première prédication de Jésus (Mc 1,14-15) et la vocation de quatre disciples: Simon, André, Jacques et Jean (Mc 1,16-20).

Plusieurs biblistes choisissent de situer le sommaire comme conclusion de l’introduction de Marc. La liturgie, au contraire, en considérant d’autres études exégétiques, choisit de l’unir à ce qui suit (vocation des premiers disciples). Il s’ensuit que le double récit de vocation est à lire à la lumière du sommaire et cela signifie que la vocation des disciples est étroitement liée à la proclamation du royaume et à tout ce qui s’y rattache (la conversion et la foi). Le sommaire de la prédication initiale de Jésus a une valeur de réalisation et de programmation. En effet, pour Marc, l’allusion à Galilée est beaucoup plus qu’une collocation géographique. C’est une allusion à Isaïe 8,23-9,1, le prophète qui annonce une grande lumière (le Messie) dans le territoire de la Galilée des gentils (= des païens). L’Évangile de Dieu annoncé par Jésus indique le «joyeux message de la venue salvifique de Dieu». Le sommaire résume l’Évangile de Jésus qui, en premier lieu, met en évidence la valeur ultime et définitive de l’invitation. Nous sommes dans l’ultime éon (l’expression «le temps est accompli» a une claire valeur apocalyptique) qui apporte à l’homme la maturité de la révélation de Dieu: en effet, le royaume de Dieu est proche. La conversion est un changement de mentalité. L’homme est appelé à penser d’une manière nouvelle et l’Évangile propose cette manière.

Immédiatement, après le sommaire, Marc narre en deux scènes (Mc 1,16-18.19-20) les premières vocations. Il s’agit de deux scènes qui se complètent. Voyons un seul exemple. Tandis que dans la première narration, nous trouvons aussi bien l’invitation explicite à suivre Jésus que la claire promesse de ce que les appelés deviendront; dans la deuxième, nous trouvons une simple parole «il les appela». Ce qui est «dit» dans la première narration est clairement un «appel». L’«appel» de la deuxième narration a naturellement comme contenu ce qui est explicité dans la première. L’appel de Jésus présente deux caractéristiques: le regard et la parole. Le regard de Jésus («il vit Simon et André, son frère»; «il vit Jacques, fils de Zébédée, et Jean, son frère») il élit, en aimant, comme il le fera avec le jeune riche: «Jésus fixa le regard sur lui, il l’aima» (Mc 10,21). La parole crée la sequela («Venez à ma suite»). Nous sommes aux antipodes de la condition de disciple rabbinique où l’étudiant choisissait le maître par intérêt (intellectuel). Jésus dit aux siens d’être ses disciples pour «le suivre», poser les pieds sur ses traces et aller dans la même direction que le Maître.

Cette donnée explique, peut-être, pourquoi il n’y a pas d’objection de la part des appelés, comme cela arrive dans les vocations prophétiques. Quand Dieu appelle Jérémie, le jeune appelé répond: «je ne sais pas parler parce que je suis jeune» (Jr 1,6). La sequela chrétienne consiste à adhérer et à adapter sa propre vie à la mentalité de celui qui a appelé.

La première lecture

Quelques versets manquent dans le court texte de la première lecture (Gn 3,6-9: décret du roi de Ninive qui ordonne le jeûne et la conversion). Le message central du passage se trouve dans la parole de Jonas. Il y a une échéance (quarante jours) et il y a un futur (Ninive détruite ou Ninive sauvée). Le choix du futur se trouve dans la conversion que tous les habitants de Ninive, «grands et petits» actualisent à travers les formes typiques du monde ancien (jeûne et vêtement de jute). Entre la prophétie de menace du prophète et la conversion des Ninivites, il y a un verbe: «il crurent en Dieu» (Gn 3,5). La conversion naît de la foi, pas de la peur. Si la peur peut interrompre un style de vie et faire réfléchir, le changement de mentalité naît seulement du rapport de confiance avec Dieu.

La deuxième lecture

La lecture semi-continue de la première lettre aux Corinthiens présente un texte très fort. Après la mort et la résurrection de Jésus, le temps n’est plus une lente course vers l’inconnu mais une précipitation vers l’accomplissement de l’histoire, vers la fin. Après la résurrection de Jésus, le temps accueille l’éternel: chose jamais arrivée avant le mystère pascal de Jésus. Tout ce qui appartient au monde se vide de sa valeur précédente et présumée. L’amour, les pleurs, la joie, la sécurité et tout ce que l’homme expérimente dans son histoire ne cesse pas de véhiculer des valeurs, mais ce sont des valeurs avant-dernières. La dernière grande valeur, c’est la rencontre ultime et définitive du Seigneur qui donnera la résurrection à ses disciples.

R. DE ZAN