LITURGIE du DIMANCHE
commentaire sur la Parole

 

La joie parfaite
17 décembre – 3e dimanche de l’Avent



Lectures bibliques

Première lecture: Is 61,1-2.10-11

Psaume: Lc 1,46-54
Mon âme exulte en mon Dieu.

Deuxième lecture: 1 Th 5,16-24

Évangile: Jn 1,6-8.19-28

 


La figure de Jean Baptiste accompagne encore notre cheminement de l’Avent. À partir de ce que nous dit du Précurseur, l’autre Jean – l’évangéliste – nous pouvons dire que le Baptiste est un homme particulièrement heureux. En effet, à la fin de son ministère, alors qu’il est reconnu et vénéré universellement, il se révèle capable de laisser la place à Jésus sans souffrir de lui céder toute la place. L’évangéliste Jean nous rapporte une note assez particulière: «Cela s’est passé à Béthanie, de l’autre côté du Jourdain, à l’endroit où Jean baptisait» (Jn 1,28). Le quatrième Évangile contextualise le témoignage du Baptiste qui fait un pas en arrière «pour rendre témoignage à la Lumière» (1,7) justement au lieu du même nom, de Béthanie où Jésus se rendra à chaque fois qu’il aura besoin d’un moment de calme et d’amitié.

… Quand nous pensons à Béthanie, nous imaginons naturellement Jésus avec ses amis – Lazare, Marthe et Marie – tandis que lorsque nous pensons à Bethléem, − surtout en ces jours de Noël – nous imaginons l’enfant Jésus caressé par le regard adorant de Jésus et Marie. Jérusalem est à deux pas, et de Bethléem et de Béthanie, mais beaucoup plus éloignée de Béthanie où Jean baptisait et qui est le point le plus bas de la terre où le Jourdain semble disparaître, hâtant sa course vers la Mer Morte. Les paroles et l’exemple du Baptiste nous aident à rendre plus résolu notre pas vers la compréhension et l’accueil du mystère de l’Incarnation, nous révélant que le secret d’une joie vraie et durable se trouve dans la capacité de créer un espace pour l’autre sans craindre de perdre sa propre place et son propre prestige… sans craindre de s’abaisser jusqu’à disparaître.

… Symboliquement parlant, nous sommes tous appelés à entrer dans la logique du Jourdain dont le nom se refait à la racine verbale qui se traduit par «descendre». Il s’agit d’assumer les attitudes de l’époux et de l’épouse, la largeur d’esprit de l’amitié qui n’imagine pas de bonheur si ce n’est celui qui se trouve dans la joie de donner de la joie à l’autre. Augustin dirait que cette aventure joyeuse se mesure à la capacité de voler à l’autre sa joie pour qu’elle fasse tout notre bonheur en le partageant.

… N’est-ce pas cela que nous essayons de nous dire en commençant à imaginer le bon cadeau pour chacun? N’est-ce pas cela que nous disent des personnes qui nous aiment tandis que nous ouvrons un cadeau et que, pour un moment, nous nous sentons immensément aimés? Pouvons-nous peut-être imaginer une joie à éprouver et à vivre plus «pleinement» (Is 61,10)? Autant de demandes pour que mûrisse une conversion mise à jour au moment présent, avec ses défis et ses exigences. Un nouveau Noël ne signifie pas seulement un autre don à recevoir mais une étape de notre cheminement de conformation au Christ à honorer. Le Baptiste se présente comme «voix» et de cette manière, il renvoie au mystère d’une relation, toujours à désirer et à faire grandir. Nous savons tous ce que signifie avoir de la «voix» et parfois, nous avons tous fait l’expérience de ne plus l’avoir. Quand nous parlons, nous essayons d’articuler et de communiquer des contenus rationnels, sentimentaux et émotifs qui sont bien plus importants, plus grands, plus éloignés de la voix qui les véhicule, et pourtant, sans voix, les contenus du cœur resteraient trop loin.

… Jean le Précurseur ne veut pas être «prophète» (1,21), il ne pense absolument pas être «le Christ» (Jn 1,20). Et pourtant, il n’hésite pas à s’identifier à «la voix» qui sert à quelque chose de plus grand qu’elle-même, parce que en articulant – et certes non sans fatigue – elle permet de dire quelque chose, et en même temps, de se défaire du contenu de ce qui est communiqué au point d’être un cadeau. Dans l’acte même d’être prophète, chaque chose est déjà donnée parce que déposée dans les mains de l’autre.

… C’est ainsi que la plénitude, que nous attendons et désirons tous, assume des contours précis, ceux de la relation «comme le jeune marié orné du diadème et comme la jeune mariée que parent ses joyaux» (Is 61,10). On peut désirer et se préparer à être époux mais cela s’avère seulement lorsque l’autre accepte de donner corps et plénitude à ce désir, en reconnaissant l’autre comme tel et en l’accueillant intégralement dans sa propre intimité. Nous ne sommes pas appelés à une plénitude faite de titres retentissants – comme le pensent les pharisiens de tous les temps et de tous les lieux – mais à une plénitude d’intimité. Et c’est là le trait caractéristique de Jean: il est «l’ami de l’époux qui exulte de joie à la voix de l’époux» (Jn 3,8) et il ajoute «maintenant, ma joie est parfaite». Rien de grave, rien d’austère dans la figure de Jean, et pourtant, rien de plus exigent: se donner pleinement pour l’autre, pour se retrouver dans la plénitude de sa propre identité simple, dépouillée, sans renoncement, plénitude d’être simplement «un homme».

… Dans un texte qui a été lu pendant des siècles dans les réfectoires monastiques le jour de Noël, commentant le Prologue de Jean, Scoto Eriugena dit: «Il y eut un homme envoyé par Dieu» et il ajoute «son nom était Jean» ce qui signifie qu’il a eu la grâce d’être le précurseur du Roi des rois, le révélateur du Verbe inconnu, le baptiseur, en vue de la naissance spirituelle, le témoin de la lumière éternelle, par sa parole et son martyre.

… De son côté, le Bienheureux Guerrico d’Igny affirme: «Le Dieu de majesté s’est dépouillé en devenant non seulement semblable au corps terrestre d’un homme mortel, mais aussi à l’âge tendre et faible des enfants». Il poursuit avec des accents de poésie orante: «Ô sainte et douce enfance, à travers toi, chaque âge peut retourner à une heureuse enfance (Mt 18,3) et devenir conforme à l’Enfant-Dieu, non pas avec la petitesse de ses membres mais avec l’humilité du cœur et la douceur» (GUERRICO D’IGNY, Sermons pour la Nativité du Seigneur, 1).

… Aujourd’hui, comme au cœur de notre cheminement d’Avent, nous pouvons devenir intérieurement compagnons des jeux d’enfance de Jésus et Jean, comme de nombreux artistes l’ont aimablement imaginé. Le jeu est exactement le contraire de ce que nous avons tous fait au moins une fois: il s’agit de «jouer aux enfants» et non plus de «jouer aux grands». L’aurore de l’Évangile surgit toujours dans la nuit de la négation de tout prétexte illusoire, pour permettre à la lumière de manifester ce qui peut se cacher derrière un simple et péremptoire: «Je ne suis pas…» (Jn 1,20).

PRIONS : Seigneur, avec le cœur, nous retournons dans les lieux où tu as vécu: Béthanie, Bethléem, le fleuve Jourdain… lieux familiers, tellement semblables à ceux où se déroule notre quotidien. Là, tu as vécu, tu as tissé des affections, tu as habité les maisons des hommes, de ceux qui t’ont aimé, accueilli, ouvert la voie. Fais que notre vie, de plus en plus simple et ordinaire, ait toujours une brèche entrouverte sur l’Infini. Pour cela, nous pouvons te prier: «Viens encore, Seigneur, viens!».

Michel David S.


 


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