LITURGIE du DIMANCHE
commentaire sur la Parole

 

Comprendre les Écritures
15 avril – 3e dimanche de Pâques



Lectures bibliques


Première lecture: Ac 3,13-15.17-19

Psaume: 4,2.4.7.9
Sur nous, Seigneur, que s’illumine ton visage!


Deuxième lecture: 1 Jn 2,1-5a

Évangile: Lc 24,35-48


Dans la voix de Pierre, il y a une force particulière, force mêlée d’un besoin profond de se faire écouter, pas tellement pour se sentir écouté mais pour que personne n’oublie le grand don fait à tous: «Dieu a accompli ce qu’il avait d’avance annoncé par la bouche de tous les prophètes: que le Christ, son Messie, souffrirait» (Ac 3,18). Pour que cette parole puisse pénétrer jusqu’au fond du cœur de ses auditeurs et y ouvrir une brèche, l’Apôtre fait précéder l’annonce d’une sorte d’excuse qui les concerne tous: «Je sais bien que vous avez agi dans l’ignorance, vous et vos chefs» (v. 17). L’invitation à la conversion est préparée et suivie par l’annonce d’une rémission radicale de la faute, au point que l’accent semble se déplacer, d’une attention excessive aux péchés, à la considération et à l’accueil de la fatigue à croire et à s’ouvrir aux dons de Pâques.

Nous pouvons admirer chez Pierre une grande délicatesse qui est non seulement confirmée mais même radicalisée par l’autre apôtre plus généreusement encore: «Si l’un de vous vient à pécher, nous avons un Défenseur devant le Père: Jésus Christ, le juste» (1 Jn 2,1). De qui les apôtres ont-ils donc appris toute cette délicatesse si ce n’est du Seigneur Jésus, non seulement au cours de leur expérience de disciple, non seulement devant le mystère si touchant de sa passion, mais même à travers les manifestations du Ressuscité?

En lisant l’Évangile qui nous ramène encore une fois au soir de Pâques, nous pouvons affirmer non seulement que Jésus est vraiment Jésus et pas un «fantôme» (Lc 24,39), mais davantage, et il a un grand désir d’être reconnu et accueilli comme tel. Si nous relisons l’Évangile, ligne après ligne, nous sentons que nous assistons à un triomphe de la délicatesse du Seigneur ressuscité qui, au lieu d’adresser des reproches à ses disciples, semble avoir besoin de se faire pardonner pour le mauvais moment qu’ils ont dû passer. La première parole est: «La paix soit avec vous!» (v.36). Avec le don de la paix, il ne s’agit pas de faire tomber dans l’oubli le drame pascal bien présent dans les «mains» et sur les «pieds» blessés, mais de célébrer la victoire d’un amour qui a su aller au-delà, et qui ne s’est pas laissé emprisonner par la haine, par le refus, par l’incompréhension, par l’humiliation. Il semble que le Seigneur Jésus proteste avec les siens: «C’est bien moi! Touchez-moi, regardez!» (24,39). Oui, c’est vraiment Jésus, celui que les disciples retrouvent dans le Cénacle, et c’est leur Jésus qui les a conquis avec sa délicatesse et qui les confirme maintenant comme disciples et amis avec une délicatesse plus grande encore, parce que infiniment plus soufferte. Jean nous le rappelle avec un certain sérieux: «C’est lui qui, par son sacrifice, obtient le pardon de nos péchés, non seulement des nôtres, mais encore de ceux du monde entier» (1 Jn 2,2).Cette conscience, au lieu de nous plonger dans la honte et dans un sens d’insuffisance, devient un motif pour sentir davantage combien «l’amour de Dieu est vraiment parfait en nous» (v.5). Le Seigneur nous demande d’être ses «témoins» (Lc 24,48), d’être une interprétation vivante «pour comprendre les Écritures» (v.45).

Comprendre le mystère pascal à travers une capacité herméneutique, qui part de la vie et retourne à la vie, signifie permettre à la lumière et à la force de la résurrection de pénétrer et de transformer délicatement toute notre existence. Le Seigneur ressuscité se manifeste progressivement et doucement sans foudroiements et sans impositions d’évidence incontestable. Le Ressuscité connaît notre lenteur à entrer et à demeurer dans la logique de Dieu. C’est pourquoi, comme pour les disciples enfermés dans le Cénacle pour se protéger d’eux-mêmes et de leur propre regret de disciple, il nous accompagne en nous donnant tout le temps de nous réhabituer à sa compagnie, jusqu’à ouvrir nos yeux à sa présence.

Arrêtons-nous amoureusement sur les paroles et les gestes du Ressuscité qui, avec la même passion qu’il a préparé sa Pâque (Lc 22,14), s’offre encore en nourriture à ses disciples pour rétablir la paix dans la communion retrouvée.
Nous nous retrouvons encore dans le Cénacle où le Seigneur rejoint les siens, alors que les disciples arrivés d’Emmaüs ont rejoint le groupe des apôtres. C’est précisément dans ce contexte d’intimité et ordinaire que l’Église murmure à chacun de nos cœurs les paroles de Pierre: «Convertissez-vous donc et tournez-vous vers Dieu pour que vos péchés soient effacés» (Ac 3,19). Le péché dont Pierre nous parle et dont Jésus nous parle, c’est l’ignorance, ne pas avoir compris et continuer à ne pas comprendre ce qui est «écrit» (Lc 24,48) dans l’histoire à travers le sang. Avec combien de sang l’histoire a été écrite! De celui d’Abel à celui qui, en ce moment-ci, est versé peut-être sous nos yeux incapables de voir la souffrance et la lutte des personnes autour de nous. Toute cette souffrance a été recueillie dans l’offrande pascale du Seigneur «victime d’expiation pour nos péchés; non seulement pour les nôtres mais également pour ceux du monde entier» (1 Jn 2,2). L’unique reproche du Ressuscité semble être contre l’ignorance et il est une invitation à «l’intelligence» qui sait cueillir chaque chose dans sa totalité sans se contenter de partialité, parfois pire que l’ignorance. Néanmoins, une demande reste ouverte: «De quoi» (Lc 24,36) parlons-nous continuellement entre nous, pour que le Seigneur puisse s’insérer sans crainte de nous déranger? De quoi sentons-nous vraiment la nécessité de parler et nous intéresser? De quoi sentons-nous vraiment le «besoin» pour que notre vie soit vivante? Nous n’avons rien à craindre, à avoir honte»; nous sommes de «chair et d’os» (24,39). Comme saint Augustin l’explique: «Jésus Christ est notre salut […] et il a retenu chose utile à ses disciples que de conserver ses cicatrices, pour guérir les blessures de leur coeur». Interprétant nos questions, il se demande: «Quelles blessures? Celles de l’incrédulité».

PRIONS

Seigneur ressuscité, nous pouvons aller à toi
avec le cœur blessé,
avec notre chemin perdu,
pauvres et pécheurs,
et conscients de notre misère.
Nous pouvons aller à toi sans crainte,
parce que toi, tu resplendis dans notre limite,
tu nous retires de la poussière,
tu nous revêts de l’habit de fête
et tu fais que notre cœur exulte
car tu as vaincu toute mort, pour toujours,
Seigneur, notre Dieu.
Sans honte, nous nous laissons regarder
et conduire par toi,
notre force et notre salut. Alléluia!


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