LITURGIE du DIMANCHE
commentaire sur la Parole



Il enseignait en homme
qui a autorité
28 janvier – 4e dimanche du Temps ordinaire



Lectures bibliques

Première lecture: Dt 18,15-20

Psaume: 94(95), 1-2.6-9
Écoutez la voix du Seigneur!

Deuxième lecture: 1 Co 7,32-35

Évangile: Mc 1,21-28

 


Dans l’Évangile du jour, texte de Marc 1,21-28, Jésus est présenté comme celui qui accomplit l’antique prophétie de Moïse (première lecture: Dt 15,20). Il est le prophète que les hommes sont appelés à écouter. Au mont Horeb, le peuple eut peur de Dieu et dit: «Je ne veux plus entendre la voix du Seigneur mon Dieu, je ne veux plus voir cette grande flamme, je ne veux pas mourir» (Dt 18,16). Dieu dit alors: «Ils ont bien fait de dire cela» et il alla à la rencontre de son peuple avec la figure du prophète. Les différents prophètes ont anticipé ce que Jésus sera en plénitude.

En effet, Jésus enseignait en homme «qui a autorité». Il s’agissait d’une autorité qui ne lui venait pas de l’extérieur, d’un autre (de Dieu, de l’Écriture, etc.), mais de son identité. Donc, Jésus, enseignait «en homme qui a autorité». L’expression pourrait prêter à équivoques Il y a une différence profonde entre «être autorité» et «avoir autorité». Celui qui «est autorité» possède une richesse personnelle, tandis que celui qui «a autorité» revêt seulement un rôle. Le premier est toujours autorité, indépendamment de son rôle; le deuxième cesse d’avoir autorité dès qu’il abandonne le rôle. Les deux expressions évangéliques qui indiquent l’enseignement autorisé de Jésus («il enseignait en homme qui a autorité» / «un enseignement nouveau, donné avec autorité» signifie que Jésus «était autorité». La comparaison avec les scribes en est la preuve. Ces derniers faisaient dériver leur autorité de la citation d’autres théologiens plus importants et ils agissaient ainsi pour donner de la valeur à leur pensée personnelle. Certains scribes étaient même des rabbins qui avaient le pouvoir d’imposer une décision interprétative de la loi. C’est l’autorité du rôle. Jésus aussi est un rabbin mais il n’impose jamais une décision interprétative de la loi. Son autorité est liée à sa personne, à sa connaissance, à son charisme (cf. «Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur»; «aimez-vous comme je vous ai aimés»). L’autorité de Jésus dérive particulièrement de l’Esprit Saint (cf. Ac 10,38: «Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance. Là où il passait, il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui»). Pour les chrétiens, Jésus est «l’unique maître de sagesse» (collecte). Son enseignement est en paroles et en actes. Il est «le libérateur des puissances du mal».


L’Évangile

Le texte évangélique originel commence comme suit: «Jésus et ses disciples entrèrent à Capharnaüm. Aussitôt, le jour du sabbat, il se rendit à la synagogue, et là, il enseignait». Au contraire, le texte liturgique dit: «En ce temps-là, Jésus, entré le jour du sabbat, dans la synagogue, à Capharnaüm, enseignait». Peut-être convenait-il de laisser le texte originel? La modification liturgique (élimination de l’expression «ils entrèrent à Capharnaüm») détache le texte évangélique de son contexte originel et présente l’événement comme un médaillon, fermé et complet en soi dans un nouveau contexte de célébration. Il y a divers textes importants: le jour du sabbat, comme «jour en l’honneur du Seigneur» (pas du repos absolu). Jésus, «le prophète» comme accomplissement de la prophétie de Moïse (cf. première lecture); le miracle, comme œuvre et enseignement, la défaite du mal et du malin opérée par Jésus, comme fin du pouvoir de Satan. La liturgie a souligné un seul thème: Jésus «le prophète» qui enseigne avec autorité, comme accomplissement de la prophétie de Moïse.

Le texte biblico-liturgique de l’Évangile peut se diviser en trois unités littéraires brèves: une introduction qui a les caractéristiques d’un sommaire (Mc 1,21-22); le récit du miracle de l’exorcisme (Mc 1,23-27); une brève conclusion (Mc 1,28).

L’introduction identifie Jésus comme Celui qui enseigne. Il s’agit d’une thématique chère au deuxième évangéliste. Marc présente toujours Jésus comme le vrai maître qui enseigne. Cette activité s’identifie à l’autorévélation.

L’autorévélation de Jésus, c’est-à-dire son enseignement n’est pas une «doctrine». L’original grec a le vocable «didakè» (cf. Mc 1,27) qui signifie enseignement. L’autorévélation de Jésus est la manifestation de la présence salvifique et personnelle de Dieu dans l’histoire de l’homme. Il ne s’agit pas d’une simple doctrine. C’est pourquoi l’enseignement de Jésus est lié au pouvoir de thaumaturge et que les deux suscitent l’émerveillement. Le récit du miracle ressemble à un jeu de mots. Les paroles que prononce l’esprit impur («Jésus le nazaréen» et «Saint de Dieu» sont la traduction grecque du sémitique Jeshua ha-nesri/nazri helohim. Le jeu de mots est évident entre nesri et nazri, entre nazaréen et saint. Le grec a traduit, mais il n’a pas pu répéter le jeu. Les paroles de l’esprit impur (expression que Marc préfère pour indiquer le démon), prononcées à travers le cri du possédé, expriment en même temps le refus et la confession de foi. Dieu a envahi avec puissance la domination du péché et de la mort, le règne du démon, et il est en train de le vaincre. Au contraire, la confession de foi proclame qui est Jésus et, par conséquent, la valeur de ce que Jésus est en train d’accomplir.

Le fait du miracle advient à travers la parole de Jésus. Il rappelle clairement la création (Gn 1,1-2,4a) où la parole de Dieu devenait immédiatement un «fait» et une «chose». Donc, Jésus commence une création nouvelle. Voyant le miracle, la foule y découvre un enseignement nouveau, jamais entendu et vu auparavant. Sa stupeur est exprimée par un verbe que nous retrouvons en Marc pour désigner l’effet d’une phrase choquante ou, mieux, d’une action puissante: 6,2; 10,26; 11,18.


La première lecture

Le texte du Deutéronome 18,1-22 présente deux structures importantes de la foi juive: le sacerdoce lévitique (18,1-8) et le prophétisme (18,9-22). Le texte de la première lecture est appauvri. On a enlevé les versets 18,9-14.21-22. Il s’agit de versets qui illustrent les us et coutumes superstitieux qu’Israël ne devra pas pratiquer (v. 9-14) et de versets qui décrivenet le faux prophète (v. 21-22).

D’après Dt 8,15-20, le prophète est celui qui annonce la Parole même de Dieu. S’il annonçait quelque chose qui n’est pas de Dieu, non seulement, il cesserait d’être prophète mais même d’exister. Le théologien deutéronomiste est préoccupé, en effet, de présenter le vrai prophétisme comme antithèse au prophétisme des vaticinateurs, des incantateurs, des spiritistes, des devins, des astrologues, etc. (cf. Dt 18,9-14). Dans le deutéronomiste, nous trouvons aussi une deuxième préoccupation: le peuple est protagoniste avec le prophète à travers le discernement et l’écoute. En effet, les critères fournis servent à ce que le peuple sache reconnaître et écouter le vrai prophète. C’est ce que fait la foule (Mc 1,27).


La deuxième lecture

Le texte de 1 Co 7,32-35 n’est pas facile à comprendre. Cela est dû au vocabulaire que l’apôtre utilise. Jésus avait dit: «J’aimerais vous voir libres de tout souci…» (Mt 6,25). Paul continue l’enseignement de Jésus. La difficulté est que Paul adopte le même vocabulaire, (libres d’anxiété/est préoccupé) dans un contexte immédiat avec deux significations différentes, en faisant exister une bonne anxiété (celle de plaire au Seigneur) et une moins bonne (comme plaire à la femme et au mari). Ces ambivalences se trouvent aussi dans le vocabulaire (sans mari/vierge). Peut-on dire à Corinthe que la femme «sans mari» équivaut à «vierge»? Au-delà de ces difficultés, la pensée de Paul paraît suffisamment claire. Le mariage est un «charisme» (cf. 1 Co 7,7), il est «saint» et il engendre des fils «saints» (cf. 1 Co 7,12-14). Ceci étant dit, ce que Paul propose dans cette péricope, c’est un chemin facilité pour rencontrer Dieu, pas un chemin «unique et exclusif». La preuve est que l’apôtre ne veut pas mettre un frein dans la bouche des croyants, c’est-à-dire qu’il ne veut pas agir en patron sur la foi des Corinthiens mais collaborer à leur joie (cf. 2 Co 1,24).

R. DE ZAN