LITURGIE du DIMANCHE
commentaire sur la Parole

 

Mes brebis écoutent ma voix
22 avril – 4e dimanche de Pâques



Lectures bibliques


Première lecture: Ac 4,8-12

Psaume: 117, 1.8-9.21-23.26.28-29

La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d’angle.

Deuxième lecture: 1 Jn 3,1-2

Évangile: Jn 10,11-18


Nous sommes profondément émus d’entendre le Seigneur Jésus dire: «J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cet enclos: celles-là aussi, il faut que je les conduise» (Jn 10,16). Le Seigneur Jésus dont nous contemplons aujourd’hui les très tendres traits du pasteur beau, bon et vrai, nous révèle totalement non seulement son désir et son intention; il nous met aussi au courant de sa méthode: «Elles écouteront ma voix: il y aura un seul troupeau et un seul pasteur» (10,16). Le Seigneur Jésus prononce ces paroles tout de suite après avoir raconté une parabole dans la parabole, opposant radicalement l’attitude du «bon pasteur» qui «donne sa vie pour ses brebis» (10,11) à la modalité abusive qui caractérise les intentions et l’agir du «mercenaire» (10,12). La différence entre le pasteur et le mercenaire se trouve dans le sens d’appartenance et d’intimité qui unit les brebis au pasteur et qui, au contraire, manque chez le berger mercenaire qui disparait lorsqu’il faudrait une présence, des soins, du courage au moment où il voit venir «le loup». Ce que les brebis «écouteront», ce n’est pas un discours ou un ensemble d’enseignements; c’est l’attitude concrète d’être disposé à donner la vie.

Le Seigneur n’est pas seulement en état de nous aimer pour ce que nous sommes, mais également – peut-être, surtout − pour ce que nous pouvons ou devons devenir. L’apôtre Jean nous le rappelle d’une manière concise et efficace: «Dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté» (1 Jn 3,2). Cette parole, qui renvoie à la nécessité d’un cheminement, nous concerne et peut concerner toutes les personnes. Alors, notre regard sur nos sœurs et frères en humanité – spécialement celui que nous tournons vers ceux que nous considérons et étiquetons d’«éloigné» et vivant en-dehors de notre «enclos» (Jn 10,16) – ne peut que changer radicalement. Tous, vraiment, tous et chacun à sa manière et parfois bien au-delà du signe du baptême et pourtant dans la vérité de sa signification la plus profonde, nous sommes objet d’amour et de désir de la part du Seigneur. Ce qui doit être annoncé à tous, c’est l’amour auquel chacun pourra s’ouvrir selon son besoin personnel ainsi qu’au rythme de sa propre croissance, avec la certitude d’être connu parce que aimé et par conséquent, absolument respecté et accompagné attentivement. Dans le langage biblique, connaître n’indique pas un acte de l’intelligence mais un mouvement du cœur qui aime et qui en aimant rend l’autre capable de répondre à l’amour et de devenir à son tour sujet d’amour et d’attentions jusqu’à la disponibilité à donner la vie et à risquer personnellement.

En invitant ses auditeurs à la conversion, l’apôtre Pierre ne trouve rien de mieux que de faire mémoire du mystère du Christ: «Ce Jésus est la pierre méprisée de vous, les bâtisseurs, mais devenue la pierre d’angle» (Ac 4,11). La célébration de la résurrection du Seigneur devient pour nous une invitation à renouveler notre disponibilité à dilater notre cœur afin que nos enclos deviennent de plus en plus vastes et plus joyeux… peut-être même, un peu plus enjoués. Point n’est besoin d’être des campagnards ou des montagnards pour comprendre que le métier de berger est exigeant, engageant, dur et fatiguant. Si, désormais, la majorité des gens associe les brebis et les troupeaux aux paysages de vacances, ce que vit chaque berger dans sa peau, en termes de labeur et de sacrifice, est bien différent. La contre-figure évangélique du mercenaire, si sombre et inquiétante, ne fait que donner encore plus de luminosité à l’image du pasteur beau, bon et vrai. L’apôtre Jean nous fait entrer dans le mystère de ce dimanche à travers le texte de l’Évangile comme à travers les paroles de la deuxième lecture dans laquelle il affirme avec force: «Voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes!» (1 Jn 3,1). De ce «grand amour», et de ce qui est «réellement» à l’œuvre dans notre vie de chaque jour, le Seigneur parle dans la similitude que nous retrouvons chaque année au quatrième dimanche de Pâques que nous appelons dimanche «du Bon Pasteur». Le Seigneur Jésus nous fait entrer dans le réalisme de Dieu quand il nous dit: «Voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père» (Jn 10,18).

Le commandement de son Père qui est simplement la révélation de son dessein d’amour sur l’humanité pour lequel son Fils «donne sa propre vie» (10,11) module la vie entière du Seigneur. Grégoire le Grand commente: «En nous donnant le modèle de cette bonté que nous devons imiter, il a fait ce qu’il a enseigné; il a montré en lui-même ce qu’il a prescrit». En suivant le raisonnement du Seigneur Jésus, nous pouvons conclure que, contrairement au mercenaire, le Pasteur tient à nous, si réellement, qu’il met sa vie en danger. Pourquoi un berger se mettrait-il en danger si ce n’est parce qu’il sent que sa vie dépend profondément et réellement de son troupeau sans lequel il n’aurait rien pour vivre? Il paraît justement que notre Seigneur se soit appauvri par amour pour nous, pas tellement pour faire que sa vie même dépende de la nôtre et réponde ainsi au désir du Père. Le Seigneur Jésus se montre fier de sa capacité de s’identifier à la volonté de son Père au point de dire: «Voici pourquoi le Père m’aime: parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau» (10,17). À l’Église, il ne reste qu’une voie pour être pastoralement «correcte»: faire en sorte que les femmes et les hommes de notre temps, réellement aimés, se sentent interpelés intérieurement. Aucune pastorale n’est évangéliquement correcte si elle ne se base pas sur la concrétude d’un partage réel et généreux de la vie continuellement offerte comme un don qui crée l’espérance et la joie. Le Pasteur bon, beau et vrai, nous appelle chaque jour à apprendre à demeurer avec nos sœurs et frères pour devenir des compagnons de route et un soutien réciproque dans les fatigues de la vie.


PRIONS

Seigneur ressuscité, donne-nous ton regard!
Rends-nous capables de voir dans l’autre
les signes de la beauté et de la bonté
que Tu as imprimés en chaque personne.
Rappelle-nous que, pour chaque sœur et frère,
Tu es mort et ressuscité
et que, pour chacun, tu te mets en chemin
pour qu’il ait une maison, un abri, un confort.
Fais que notre cœur
Te cherche inlassablement
et, qu’à travers Toi, chaque homme et chaque femme
cherchent son chemin. Alléluia!


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