LITURGIE du DIMANCHE
commentaire sur la Parole

 

S’il meurt,
il porte beaucoup de fruit

18 mars 2018 – 5e Dimanche du Carême



Lectures bibliques


Première lecture: Jr 31,31-34

Psaume: 50,3-4.12-15a

Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu!

Deuxième lecture: He 5,7-9

Évangile: 12,20-33


L’évangéliste Jean nous accompagne encore et, d’une certaine manière, guide notre chemin de conversion. Désormais, en plus d’être à mi-chemin du Carême, la liturgie nous met directement sous le mystère de la croix pour éviter de ralentir le pas vers Pâques.

Précisément à la mi-Carême, la liturgie orientale prévoit une grande commémoration de la croix pour aider les fidèles à être encore plus généreux dans leur route d’ascèse. De toute façon, c’est à chacun de nous que s’adresse directement et personnellement la parole que le Seigneur Jésus dit «de nuit» (Jn 3,2) à Nicodème: «De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle» (3,14-15).

Nous pourrions dire que ce dimanche est «le dimanche de la foi». En effet, au rabbin Nicodème qui voudrait disserter «théologiquement», le Seigneur Jésus répond, en le ramenant à l’essence et au fondement de tout discours théologique possible qui se base sur cette réalité: «En effet, Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle» (3,16-17).

En ce dimanche-ci, la croix semble nous barrer le chemin, pour qu’à l’exemple de Nicodème nous décidions de faire un pas de plus non seulement dans la connaissance mais dans l’adhésion. La condition pour poursuivre notre chemin de conversion, c’est d’accepter de laisser que «la lumière» perturbe les ténèbres qui sont en nous et auxquels nous sommes parfois plus attachés que disposés à admettre. Le Seigneur continue à se faire proche de chaque tournure de l’histoire afin que nous puissions contempler son amour prévenant en chaque étincelle de bien et en chaque grande souffrance qui marque et traverse les cœurs humains. Nous ne sommes pas seuls. Le Seigneur est à nos côtés avec sa sollicitude qui est un baume pour nos cœurs, un partage solidaire de notre souffrance.

La première lecture, comme ce qui émerge de l’Évangile du Seigneur Jésus en dialogue avec Nicodème évoque des moments difficiles de l’histoire d’Israël et nous rappelle comment et combien, même dans notre vie, il peut y avoir des moments critiques où tout nous semble inexorablement perdu.

En quelques versets, la première lecture nous présente la décadence d’Israël sur son chemin de fidélité. Cela semble être le fond de plus en plus dépouillé sur lequel la lumière de la miséricorde et de la clémence divine peuvent resplendir d’une façon plus forte encore, au point d’aveugler. Le vrai commencement de la fin paraît être le fait que «tous les chefs des prêtres et le peuple multipliaient les infidélités, en imitant toutes les abominations des nations païennes et ils profanaient la Maison que le Seigneur avait consacrée à Jérusalem» (2 Ch 36,14). Par un acte unilatéral et absolument gratuit de Dieu, il semble vraiment qu’on puisse toujours recommencer à espérer, contrairement à chaque attente et en défiant chaque logique, «le Seigneur inspira Cyrus, roi de Perse…» (36,22) qui invite le peuple à reprendre la route vers Jérusalem pour rebâtir le lieu de culte.

Avec le peuple d’Israël, nous devons lever les yeux et les poser directement sur le mystère de la croix du Seigneur, pour ouvrir de nouveau le cœur à l’espérance bien au-delà de toutes les lenteurs et de toutes les fautes éventuelles et inévitables. Alors que Nicodème cherche des raisons dans la nuit de son égarement intérieur, le Seigneur Jésus lui demande – et le demande à nous avec lui – de faire un pas de plus «vers la lumière» (Jn 3,21). C’est comme si nous étions invités à faire un bilan provisoire de notre cheminement, jusqu’à nous demander dans quelle mesure les pas de notre cœur sont en train de monter «vers» Jérusalem où «le Fils de l’homme sera élevé afin que quiconque croit en lui obtienne la vie éternelle» (3,14-15) à condition que nous acceptions non seulement de regarder vers Lui mais de nous laisser regarder par Lui. Le regard di Crucifié est plus ardent que celui du serpent et il peut mettre à nu la vérité de nos dispositions et de nos choix, en devenant «jugement» (3,19) auquel il est impossible, en plus qu’inutile, de vouloir se soustraire: «La lumière est venue dans le monde, mais les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière».

Et pourtant, il semble justement que le fond de ces ténèbres qui prennent racine dans la fatigue de notre cœur à accueillir le «jugement» de Dieu sur tout ce qui en nous contraste avec son dessein d’amour et de bienveillance, met davantage en évidence et encore mieux «la richesse surabondante de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus» (Ep 2,7). La croix est plantée au cœur de l’histoire comme une antenne – une sorte de parabole spirituelle – qui permet de reprendre les contacts entre le ciel et la terre, entre Dieu et l’homme, entre chacun de nous et le Créateur, et cela «par la grâce» (2,5). La moitié du Carême est déjà derrière nous et la croix se profile déjà à l’horizon de notre exode renouvelé, non pas comme l’ultime station d’un voyage sans espoir mais comme la porte ouvrant sur un plus qui nous est donné et qui exige notre accueil généreux et notre implication audacieuse.

Tandis que Pâques approche, nous pouvons faire nôtres les paroles pleines de nostalgie et de désir du psalmiste: «Si je t’oublie, Jérusalem, que ma main droite m’oublie!» (Ps. 136,5). En effet, le secret de notre vie, c’est la mémoire constante et reconnaissante de la «sollicitude» avec laquelle Dieu accompagne notre chemin, jusqu’à le précéder; non seulement, de la grandeur de l’amour dont nous sommes l’objet au point d’éclairer la nuit de notre refus et de notre oubli. Nous n’avons rien d’autre à faire que d’ouvrir tout grand à la «lumière» les volets de notre cœur pour en être joyeusement inondés.

MICHEL DAVID S.


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