LITURGIE du DIMANCHE
commentaire sur la Parole



Jésus, médecin et remède
4 février 2018 – 5e Dimanche du temps Ordinaire B



Lectures bibliques

Jb 7,1-4.6-7

Psaume 146
Bénissons le Seigneur qui guérit nos blessures!

1 Co 9,16-19.22-23

Mc 1,29-39

 

 

Carlo Rocchetta a écrit : « Le boom de la psychothérapie dans ses différentes formes de même que l’accroissement constant du recours aux antidépresseurs sont sous les yeux de tous; ils représentent un indice des sérieux malaises qui marquent l’actuelle société de consommation : de la solitude à l’anxiété, de la dépression au vide affectif, des conflits personnels et interpersonnels aux désadaptations des jeunes et aux drames de couple et de famille ». Dans les Évangiles, Jésus se présente comme médecin des âmes et des corps; il guérit l’homme des maladies physiques et psychophysiques et il détruit surtout le pouvoir du mal qui anéantit son âme. Selon Tyrell, Jésus est un guérisseur insurpassable au moins pour quatre motifs :

• en premier lieu, parce que, par sa présence, il incarne le salut de Dieu;
• ensuite, parce qu’il guérit l’homme dans sa totalité (guérison holistique);
• en troisième instance, en tant qu’il se fait grâce et lumière pour quiconque désire avancer dans la foi;
• enfin, parce qu’avec sa Pâque, il a inauguré la création nouvelle, l’homme nouveau.

L’épisode évangélique de ce dimanche nous place encore une fois devant Jésus – médecin et remède – au chevet de la grande malade qu’est l’humanité. Aujourd’hui, ce n’est plus l’homme qui est aliéné en lui-même; c’est une grande foule de malades dans leur corps et dans leur esprit.

Dans la maison de Simon

En quittant la synagogue, Jésus franchit le seuil de la maison de Simon et André, son frère. Le terme maison revient fréquemment chez Marc (23 fois). Il parait que c’est un lieu que la foule connaît bien (cf. Mc 2,1). Cette maison, c’est la maison de Pierre, comme nous l’avons dit, même si, en Marc 3,31, elle prendra une connotation plus théologique en tant que point discriminant entre ceux qui restent dehors et ceux qui restent dedans. Seuls ceux qui restent dedans constituent la famille de Jésus tandis que ceux qui restent dehors, même s’ils sont unis par les liens du sang, n’appartiennent pas de fait à sa famille. Mais, nous nous demandons, qui reste dedans? Ce sont ceux qui accomplissent la volonté de Dieu (cf. Mc 3,35). La maison devient ainsi le lieu de l’écoute de la Parole (cf. Mc 7,17), de la catéchèse, de l’initiation au mystère de Dieu dans le Christ. Par conséquent, la maison de Pierre annonce prophétiquement l’Église.

Les collaborateurs anonymes

Simon, André, Jacques et Jean accompagnent Jésus. Ce sont les disciples qui suivront toujours Jésus dans son ministère et l’annonce du Royaume. Simon, Jacques et Jean seront aussi témoins de quelques événements particuliers de sa vie, la Transfiguration (cf. Mc 9,2) et la nuit de Gethsémani (cf. Mc 14,33). Détail intéressant : quelques personnes non identifiées informent Jésus que la belle-mère de Simon est malade. Qui sont-elles? Nous ne le savons pas mais c’est un fait que ces présences reviennent souvent en Marc (cf. 1,30.32; 7,32; 8,22). Que pouvons-nous en déduire? Que ce ne seront pas seulement les Douze qui aideront Jésus mais également de nombreuses personnes qui croiront en lui, en sa parole ainsi qu’en son autorité messianique. Ces personnes aident leur prochain à rencontrer le Seigneur.

Une femme malade

Devant cet épisode, on se demande pourquoi Marc le met si en évidence. Une femme au lit avec la fièvre n’est pas un fait grave par rapport à ceux qui étaient possédés par des esprits impurs ou qui avaient la lèpre, comme nous le verrons. Mais à bien regarder, le fait n’est pas si banal. Pourquoi cette femme est-elle au lit avec la fièvre? Il faut savoir que la fièvre était vue comme un châtiment de Dieu envers quiconque avait été infidèle à l’alliance (cf. Lv 26,16; Dt 28,22). Alors cette femme vit dans un état d’infidélité à Dieu; infidélité qui dégénère en paralysie (elle était alitée). En dehors du rapport avec Dieu, il y a la paralysie et cela, par le simple fait qu’une autre force, ennemie, cloue à l’impuissance personnelle. Dans cette femme, la petite communauté qui suit Jésus est probablement invitée à se reconnaître et à reconnaître sa propre maladie. Mais Jésus s’approche et guérit.

Les trois gestes de Jésus

Ayant entendu parler de la belle-mère de Simon, Jésus intervient par trois gestes précis. En premier lieu, Jésus s’approche de la femme. Dans tout l’Évangile de Marc, c’est le seul cas où il est dit que Jésus s’approche d’une personne malade. Jésus est le bon Samaritain qui, devant le blessé rencontré sur sa route, ne change pas de chemin mais se fait proche et solidaire. Ensuite, il la soulève. Le verbe, en grec est le même que les Évangélistes utilisent pour parler de la résurrection. Par conséquent, cette guérison est déjà dans la dynamique pascale. C’est une guérison physique qui renvoie à une libération plus radicale, celle du péché. Enfin, Jésus la prend par la main. Par ce geste, il ne veut pas seulement la faire lever de son grabat de souffrance mais, il veut également l’arracher à une situation d’oppression. Le geste de Jésus a donc une finalité de libération définitive. L’expérience du salut porte cette femme à la louange et à la reconnaissance à travers le service. Dans cet horizon, le service fait suite à une intervention de salut. La diaconie chrétienne est la manifestation d’une liberté obtenue.

En prière, dans le désert

Le soir de ce même jour, une grande foule se presse à la porte de Pierre; ce sont des malades et des possédés qui demandent d’être guéris et libérés par Jésus. De fait, il en guérit plusieurs, pas tous cependant. La journée à Capharnaüm a été pleine d’événements, une sorte de printemps où tous ont vu tangiblement que quelque chose de nouveau avait commencé. Mais bien avant l’aube, Jésus se retire dans un lieu désert pour prier. Dans son Évangile, Marc écrit par trois fois que Jésus s’est retiré en prière (cf. Mc 1,35; 6,46; 14,32). Le contenu de sa prière solitaire n’est pas spécifié. Dans notre cas, nous avons vu que Jésus a opéré des signes et des prodiges et que la foule est accourue, nombreuse. Le succès obtenu constitue probablement une épreuve pour Jésus; il se sent tenté par un messianisme spectaculaire, d’adhésions faciles et prévisibles. Voilà alors le silence du désert où il puise à la prière la force de demeurer dans la volonté du Père : messianisme selon Dieu, pas selon les hommes (cf. Mc 8,33).

Alexandre C. osb