LITURGIE du DIMANCHE
commentaire sur la Parole

 

Celui qui demeure en moi
porte beaucoup de fruit

29 avril – 5e dimanche de Pâques



Lectures bibliques


Première lecture: Ac 9,26-31;
Psaume: 21,26b-28.30-32
Tu seras ma louange, Seigneur, dans la grande assemblée.
Deuxième lecture: 1 Jn 3,18-24;
Évangile: Jn 15,1-8


Le réconfort est l’une des choses dont nous sentons un besoin pressant dans notre vie. Une parole qui renvoie à quelque chose de difficile à expliquer mais qui peut aussi paraître indispensable et irremplaçable pour ne pas céder, surtout dans les moments plus difficiles de l’existence. Chacun à sa manière – du nouveau-né qui crie pour manifester ses besoins, au mourant qui ne parle plus et qui n’est qu’un seul regard – implore des autres, un peu de réconfort. En réalité, c’est la manière de se rassurer de ne pas demeurer dans l’isolement et de ne pas être abandonné à soi-même.

Dans la première lecture de ce dimanche qui oriente désormais vers la Pentecôte, nous assistons, en quelques lignes, à un passage qui concerne la vie de l’apôtre Paul et des autres croyants de la communauté, et qui, en réalité, touche la vie de chacun de nous. On passe d’un premier sentiment – la «peur de lui» (Ac 9,26) à un sens de «paix» qui permet à tous de marcher «dans la crainte du Seigneur» et «réconfortés par l’Esprit Saint» (9,31). Alors que les jours de Pâques orientent vers la plénitude de la Pentecôte, on nous rappelle que le don de l’Esprit est «réconfort» dans toute forme d’isolement et toute perception d’abandon. L’apôtre Jean confirme et, comme toujours, approfondit ultérieurement cette assurance intérieure. Il nous rappelle que, bien au-delà et même dans les plis les plus profonds de notre vécu, «devant Dieu nous apaiserons notre cœur» (1 Jn 3,19) et qu’il «demeure en nous» (3,24) précisément à travers le don de la présence de son Esprit qui continue à travailler en nous pour démanteler les inventions monstrueuses de la «peur» et nous donner du «réconfort». Nous recevons en don la possibilité de redécouvrir continuellement un sens d’appartenance réciproque qui nous donne la paix, qui est capable de grandir non seulement en nous mais aussi autour de nous. Ce qui permit finalement à Paul – dont tous avaient peur – de «se joindre aux disciples» (Ac 9,28), permet à chacun de nous de devenir compagnon de route et d’espérance pour nos frères. L’action intérieure de l’Esprit de réconfort est l’extension et l’actualisation continue du don pascal du Christ Seigneur dans notre existence concrète. Alors que la passion approche et que le temps de la séparation devient imminent, il n’a d’autre désir que celui de raffermir les liens: «Demeurez en moi, comme moi en vous». Pour que nous percevions ce désir, le Seigneur a recours à un exemple: «De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même, vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi» (Jn 15,4). Par conséquent, le Seigneur Jésus ne se contente pas d’exprimer encore une fois son désir d’intimité et de communion; il clarifie aussi les conditions pour que tout cela puisse réellement advenir et durer: «Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire» (Jn 15,5). Cette parole concerne sans doute notre mode de relation au Christ Seigneur mais elle vaut pour toutes nos relations. En effet, le premier pas consiste à accepter la prééminence de l’autre en lui donnant une précédence capable de refonder continuellement les alliances, même celles qui sont perdues ou trahies, pour être un réconfort les uns pour les autres. Cela est impossible sans la disponibilité à une confrontation vraie et, parfois dure, qui peut être assez éprouvante. Une véritable Pâques intérieure. La participation à la vie divine est un don qui ne nous exempte absolument pas de donner notre assentiment libre et notre réponse consciente. À travers la parabole de la vigne, nous sommes initiés à une relation qui est une communion active, certainement pas une fusion mystificatrice. Le Seigneur nous demande avec passion de «demeurer en Lui», mais nous ne devons jamais confondre l’abandon avec la passivité. Nous sommes invités à demeurer ancrés au Ressuscité dont la présence rend vivant et palpitant notre cœur lent, le dilate, l’entre-ouvre et le rend compatissant et doux.

L’apôtre Jean nous aide à fixer notre attention sur ce mystère de communion profonde auquel la Pâque du Christ Seigneur nous fait participer intimement: «Dieu est plus grand que notre cœur, et il connaît toutes choses» (1 Jn 3,20). Penser à la connaissance de Dieu sur notre vie peut toujours nous mettre un peu dans l’embarras et nous en avons des raisons suffisantes: quel sera le spectacle que notre cœur pourra offrir au regard très pur de Dieu? Combien et quelles sont les pensées et les émotions qui s’agitent et se combattent en nous et qui ne sont certainement pas une réponse digne au grand amour dont nous avons été comblés? Et pourtant, la Parole de Dieu de ce dimanche-ci nous aide à regarder notre cœur du point de vue de Dieu et non pas à partir de notre peur de Dieu: «Voilà comment nous reconnaissons qu’il demeure en nous, puisqu’il nous a donné part à son Esprit» (3,24). L’apôtre nous rassure d’un don qui précède et accompagne notre adhésion au Christ; il nous fait accueillir la parole de l’Évangile avec un sens de gratitude encore plus grand: «Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, il le purifie en le taillant pour qu’il en porte davantage». Une conclusion magnifique s’y ajoute: «Déjà vous voici purifiés grâce à la parole que je vous ai dite. Demeurez en moi, comme moi en vous» (Jn 15,2-3). Notre vie change totalement si nous entrons dans la logique de l’inhabitation divine qui précède toute ouverture possible à Dieu. Le Seigneur ne nous demande rien d’autre que le consentement à ce que le sarment doit donner, à se laisser inonder par la sève vitale que la vigne lui donne continuellement.

Tandis que le temps pascal nous égaie avec ses dons de joie, nous pouvons ouvrir le cœur pour accueillir de nouveau le Christ dans notre vie comme le principe actif de notre floraison qui est le prélude du temps des fruits puisque «ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez pour moi des disciples» (Jn 15,8). Devenir des disciples signifie pour nous devenir de plus en plus des personnes de cœur, capables de restituer à nos frères et sœurs en humanité le regard plein de tendre compassion que nous avons reçu sur notre vie même afin que, tous ensemble, nous puissions raffermir l’unique chose nécessaire à notre vie qui est de «mettre notre foi en Dieu» (1 Jn 3,21) en nous faisant confiance réciproquement.

Prions

Seigneur ressuscité, le réconfort de ta Parole
agit dans l’intimité de notre cœur
à travers la présence de ton Esprit
qui, chaque jour, crie en nous le nom du Père,
au-delà de notre angoisse et de notre peur.
Donne-nous de voir et de cueillir chaque jour
les fleurs et les parfums de la résurrection
avec lesquels nous pourrons faire de ce monde
un vrai jardin de paix et de joie.
Alléluia!


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