LITURGIE du DIMANCHE
commentaire sur la Parole

 

Vous êtes mes amis
6 mai– 6e dimanche de Pâques



Lectures bibliques


Première lecture: Ac 10,25-26.34-35.44-48
Psaume 97,1-4
Le Seigneur a révélé sa justice aux nations.
Deuxième lecture: 1 Jn 4,7-10
Évangile: Jn 15,9-17


Au centre de l’Évangile de ce dimanche, nous trouvons le cœur de tout l’Évangile: «Vous êtes mes amis» (Jn 15,14). Cette pensée – qui est beaucoup plus qu’une pensée – nous accompagne avec insistance sur le chemin mystagogique du Temps pascal. Le Maître ne se contente pas de nous admettre dans son intimité, il nous en révèle aussi les modalités et les conditions: il faut que nous apprenions à aimer comme nous avons été aimés à notre tour et d’une manière de plus en plus inventive et créative. Le besoin d’être objet de préférence nous angoisse souvent. Le Ressuscité nous libère parce qu’il nous ouvre à un amour tellement dilaté qu’il est toujours exclusif, sans jamais être excluant.

Pierre paraît se rendre à l’évidence de la grâce et se plier à la logique du don: «En vérité, je le comprends, Dieu est impartial: il accueille, quelle que soit la nation, celui qui le craint et dont les œuvres sont justes» (Ac 10,34). Un cheminement qui a demandé beaucoup d’engagement et une conversion profonde à l’apôtre Pierre et, en réalité, c’est encore un processus en acte dans la vie de l’Église parce que nous ne nous serions jamais rendu compte suffisamment combien et comment «Dieu ne fait pas de différence entre les personnes, mais accueille». Se rendre compte d’un Dieu qui accueille toujours et partout, signifie apprendre – chaque jour – à aller au-delà des signes des appartenances claires, distinctes, accommodantes et accommodées pour s’ouvrir à quelque chose qui nous dépasse continuellement au point de nous obliger à nous rendre à l’amour: «Quelqu’un peut-il refuser l’eau du baptême à ces gens qui ont reçu l’Esprit Saint tout comme nous?» (10,47). C’est une question qui se présente de différentes manières, aux différentes époques de la vie de l’Église, y compris la nôtre. Le Seigneur n’observe pas toujours nos règles et il se soumet à nos parcours de formation et d’initiation et, parfois, au lieu d’attendre la permission de pouvoir se révéler, il se donne bien au-delà des signes et des confins que nous imposons à la grâce.

La parole du Psaume nous permet d’exprimer le mieux possible les sentiments plus adaptés à l’expérience de tant de grâces: «Chantez au Seigneur un chant nouveau, car il a fait des merveilles» (Ps 97,1).

La méditation contemplative de l’apôtre Jean ne laisse pas d’issue aux interprétations réductrices d’un amour qui, par nature, paraît être excédent et déchirant: «Voici en quoi consiste l’amour; ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés, et il a envoyé son Fils» (1 Jn 4,10). La parole du Seigneur Jésus nous révèle le fondement absolu de chacune de nos expériences de vérité et de charité qui s’enracine dans la relation divine même: «Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour» (Jn 15,9).

Le verbe aimer et le mot amour reviennent neuf fois dans les neufs versets de l’Évangile et, dans la deuxième lecture, encore neuf fois en quatre versets. Ainsi nous est-il donné de comprendre à quoi l’apôtre Pierre fait référence quand il explicite le sens d’appartenance à la communauté des croyants en faisant référence à la «justice». L’histoire commence toujours non pas en aimant mais en se sentant aimé au point d’apprendre et aimer d’aimer! Dans ses Confessions, Augustin annotait un des traits caractéristiques de sa jeunesse comme suit: «Amare et amari amabam». Traduit, cela signifie: «J’aimais aimer et être aimé». Nous sommes devant un des traits caractéristiques les plus sensibles de la personnalité du Seigneur Jésus portée cependant au sommet du sentir et du réaliser: aimer d’aimer pour être aimé. La méditation du Temps pascal sur le mystère du don nuptial du Christ Seigneur, mort et ressuscité pour nous, devient pour chaque disciple une sorte de retour lent mais efficace à la racine de son cœur pour y accueillir le feu de l’Esprit qui conforme au Christ.

C’est pourquoi nous pouvons dire que le résumé essentiel de tout l’Évangile qui est Jésus Christ, mort et ressuscité pour nous, se résume en une seule phrase: «Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime» (Jn 15,13). C’est une parole qui dilate les espaces de notre âme comme les poumons se dilatent à l’air très fin de haute montagne quand, finalement, on peut sentir la partie la plus sublime de notre personne. Avoir des amis dans sa vie et être en mesure de donner la vie pour eux semble être – mieux, est sûrement – le secret d’un bonheur vrai et durable.

Si l’horizon nous fascine d’une manière surprenante, une question se pose nécessairement: «Comment arriver à être capables de vivre tout cela, le don d’avoir des amis et la capacité de donner la vie pour eux?». L’expérience de l’apôtre Pierre chez Corneille peut nous aider dans cette compréhension et dans ce cheminement. Par deux fois, nous trouvons la conjonction «aussi». En premier lieu, quand l’apôtre Pierre entre dans la maison où il a été invité et où il est accueilli avec une grande déférence – excessive! En effet, tandis que selon les coutumes païennes, Corneille se «prosterna à ses pieds pour lui rendre hommage» (Ac 10,25), Pierre n’hésite pas à le relever en disant: «Lève-toi: Je ne suis qu’un homme, moi aussi!» (10,26).

Vers la fin de la première lecture, nous trouvons une constatation qui a changé et marqué le chemin de l’Église naissante: «Les croyants qui accompagnaient Pierre, et qui étaient juifs d’origine, furent stupéfaits de voir que, même sur les nations, le don de l’Esprit Saint avait été répandu. En effet, on les entendait parler en langues et chanter la grandeur de Dieu» (10,45-46). Dans la plénitude de la célébration du Temps pascal, nous sommes ainsi invités à nous ouvrir à un horizon de plus en plus inclusif. Inclusif dans le sens de nous sentir comme tous sans prétendre être différents ou plus respectables que d’autres. Inclusif dans le sens d’avoir des yeux pour discerner que l’amour du Seigneur s’étend sur tous et qu’il est capable de faire germer les signes de son Règne qui vient, même là où nous n’attendrions absolument rien. C’est cet horizon que la parole et les gestes du Seigneur nous ont ouvert et qui nous demande encore une fois d’accueillir sa Parole comme une semence capable de féconder et de transformer l’histoire: «Mon commandement, le voici: Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés» (Jn 15,12). Le Seigneur s’offre rarement comme exemple; normalement, il renvoie au mystère du Père. En ce qui concerne la capacité et la modalité de l’amour, il n’hésite pas à nous demander d’apprendre de lui et de nous laisser instruire par l’attitude de son cœur «car Dieu est amour» (1 Jn 4,8).

MICHEL DAVID S.


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