LITURGIE du DIMANCHE
commentaire sur la Parole

 

L’étreinte
du ciel et de la terre
13 mai 2018 – Ascension du Seigneur (solennité)




Lectures bibliques


Première lecture: Ac 1,11

Psaume: 46,2-3.6-9
Le Seigneur s’élève parmi des cris de joie.

Deuxième lecture: Ep 4,1-13

Évangile: Mc 16,15-20


L’évangéliste Marc nous fait comprendre le mystère de l’Ascension à travers une contradiction apparente: «Le Seigneur Jésus fut enlevé au ciel» et «il travaillait avec eux».

À la fin de son Évangile – le premier rédigé et consigné à la Tradition – Marc insiste sur le lien entre la parole de grâce et les «signes» de guérison. De cette manière, le mystère du Christ – né, mort, ressuscité et élevé au ciel – ne fait qu’un avec le mystère de l’Église, son corps, qui le rend présent dans l’histoire comme une énergie de bien et de paix pour tous. Une joie profonde, une plénitude absolue, une grande communion jaillissent de la résurrection et de l’ascension du Seigneur. Ciel et terre se fondent dans une étreinte qui nous rachète et nous sauve à partir de chacune de nos limites qui, aujourd’hui, est amplement rachetée et bénie.

L’évangéliste Luc dit que les disciples sont totalement ravis par Jésus qui remonte aux sources de sa communion unique et très intime avec le Père: «Tandis qu’ils le regardaient, il s’éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs yeux» (Ac 1,9). Ce verset conclut le temps où le Seigneur Jésus «s’est présenté vivant… pendant quarante jours» (1,3) et que s’ouvre une autre étape de l’histoire du salut qui est marquée par l’attente d’un retour. Il y a une différence entre attendre quelque chose ou quelqu’un qui vient pour la première fois et attendre le retour de quelqu’un ou de quelque chose: «il viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel» (1,11).

Comme l’apôtre Paul nous le rappelle, il y a une question importante que nous devons savoir nous poser au cœur de cette fête: «Que veut dire: Il est monté? – si ce n’est qu’il était d’abord descendu dans les régions inférieures de la terre?» (Ep 4,9). Certainement pas pour une promenade de plaisir, comme le faisaient les dieux qui peuplent les mythologies, mais précisément pour nous transmettre la «manière» d’habiter la terre au point d’en faire un avant-goût du ciel. Le Seigneur Jésus est l’icône de l’humanité qui a assumé en profondeur sa propre réalité complexe et unique, en vivant et en mourant comme vrai «homme» (4,13) et qui se retrouve justement «à la droite de Dieu» (Mc 16,9) révélant ainsi la qualité dans sa vérité la plus absolue qui est une vérité partagée. Derrière lui, le Seigneur ne laisse pas d’autres signes que nous; il ne se manifeste qu’à travers nous, à tel point que toute la gloire qu’il a reçue du Père est désormais dans nos mains, sur nos lèvres, dans la gestuelle rachetée de nos corps retrouvés en attendant qu’ils ressuscitent dans le Christ. La gloire qui nous est donnée comme poids de responsabilité de disciple ressemble à celle qui éclate en ovation à la fin d’une représentation théâtrale; quand la scène se tait et que les acteurs disparaissent derrière le rideau, l’émotion, le message, l’essentiel reste… désormais le message n’est plus sur la scène; il est en nous et il pourra être transmis en-dehors du théâtre seulement à travers nous. Le drame est terminé mais ce que les anciens appelaient exactement catharsis commence. C’est pour cela que la liturgie byzantine se lance dans une sorte d’ovation cosmique: «Le Seigneur est monté dans les cieux pour envoyer le Paraclet dans le monde. Les cieux ont préparé son trône, les nuées, le char pour monter; les anges s’étonnent en voyant un homme au-dessus d’eux. Le Père reçoit celui qui, depuis l’éternité, demeure en son sein. Seigneur, quand les apôtres t’ont vu t’élever sur les nuées, dans les larmes et remplis de tristesse, ô Christ, donneur de vie, ils se lamentaient en disant: Ô souverain, ne laisse pas tes serviteurs orphelins car tu les as aimés d’une tendre compassion: comme tu l’as promis, envoie-nous l’Esprit très saint pour qu’il éclaire nos âmes».

Aujourd’hui, nous célébrons la fête d’une présence qui se fait absence pour un plus de présence. Puisque le fruit du retour du Seigneur au Père est une exubérance de créativité de la part des apôtres qui «s’en allèrent proclamer partout l’Évangile tandis que le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient» (Mc 16,20). Si la passion du Seigneur avait renfermé les apôtres apeurés dans le Cénacle, son Ascension en libère la créativité et l’audace «selon la mesure du don fait par le Christ» (Ep 4,7).

Ce jour est un jour de grande joie pour l’Église et pour nous tous: le Seigneur Jésus ressuscité des morts, après avoir ouvert à chacun de nous une voie pour vivre pleinement notre existence, nous ouvre aussi les portes du ciel. L’Église prie avec des sentiments remplis d’émotion, mêlés à une fierté compréhensible «nous sommes les membres de son corps, il nous a précédés dans la gloire et c’est là que nous vivons en espérance» (Collecte). Non seulement, l’Église nous fait prier, mais elle nous fait aussi espérer sereinement et quasi allègrement. En effet, l’Ascension porte le mystère de l’Incarnation à son accomplissement comme il s’est actualisé dans l’expérience de Jésus de Nazareth, reconnu comme Seigneur. Le Verbe du Père, engendré avant toute créature, représente pour chacun de nous et pour chaque homme et femme dans ce monde le point de référence, l’axe autour duquel il importe d’organiser toute notre expérience de vie pour «parvenir à l’état de l’Homme parfait, à la stature du Christ dans sa plénitude» (Ep 4,13).

Le mystère de l’Ascension nous invite à hâter le pas vers le ciel, c’est-à-dire vers la plénitude, la totalité, la récapitulation de tout ce qui fait partie de notre vie et de notre histoire afin que la force qui provient du mystère pascal puisse être «plénitude de toutes les choses» (4,10).

Notre humanité est désormais la voie unique pour être divinisés, sans être déshumanisés. L’Évangile de la résurrection selon Marc se termine sur une note particulière: «Ils ne dirent rien à personne parce qu’ils avaient peur» (Mc 16,8). Le récit de l’Ascension selon Marc est une invitation solennelle au courage qui va jusqu’à prendre «des serpents dans leurs mains» (16,18), c’est-à-dire jusqu’à ne plus avoir peur de rien, pas même du mal qui nous entoure. Et cela, parce que le mystère pascal du Christ, s’il remplit désormais «toutes les choses» (Ep 4,10) ne peut que combler pleinement notre cœur. Avec toute l’Église, avec l’humanité entière, nous attendons, chaque jour, que la promesse du Christ s’accomplisse: «Vous serez baptisés dans l’Esprit Saint» (Ac 1,5) Puisse l’Esprit nous donner le courage d’être des témoins du Royaume qui est déjà parmi nous, qui est déjà en nous!

MICHEL DAVID S.

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