LITURGIE du DIMANCHE
commentaire sur la Parole

 

L’Amour nous a aimés
jusqu’au bout

29 mars 2018 – Jeudi saint – Cène du Seigneur



Lectures bibliques


Première lecture: Ex.12, 1-8.11-14

Psaume: 115,12-13.15-18
Seigneur, ta coupe est don de salut.

Deuxième lecture: 1 Co 11,23-26

Évangile: Jean 13,1-15

Dans une hymne de la liturgie française, on chante: «L’Église ouvre le livre et rappelle que l’amour nous a aimés jusqu’au bout». C’est ce qui nous est transmis par la lecture que l’évangéliste Jean nous donne du mystère pascal du Christ Seigneur quand il ouvre le «livre» de la méditation sur la passion du Seigneur avec les paroles: «Sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout» (Jn 13,1). Pour notre cœur dur et incapable d’aimer «d’aimer jusqu’au bout», tout ce que le Seigneur fait en notre faveur nous dépasse et exige une conversion profonde pour apprendre qu’assumer les conséquences de l’amour jusqu’au bout signifie toujours devenir capables de réorienter la fin de notre vie à travers nos gestes et nos paroles, nos sentiments et nos actions. De son côté, le Seigneur ne trouve rien de plus parlant que de se lever «de table» pour commencer «à laver les pieds des disciples» ((13,4-5). Avec sa capacité habituelle d’interprétation, l’Évangéliste nous dit que ce geste est accompli «alors que le diable a déjà mis dans le cœur de Judas, fils de Simon l’Iscariote, l’intention de le livrer» (13,2).

Le Seigneur Jésus nous enseigne que le geste de laver, aimablement d’abord, puis humblement, les pieds de nos sœurs et frères en humanité est la seule manière avec laquelle nous, ses disciples, nous sommes appelés à contrecarrer le mal et à le vaincre sur un tout autre terrain que celui vers lequel nous nous sentons puissamment poussés. La réaction de Simon Pierre est aussi la nôtre: «C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds?» (13,6). Maintenant, nous pouvons comprendre ce que Pierre ne pouvait pas comprendre à ce moment-là; alors que chaque chose est accomplie, nous pouvons bien prendre «l’exemple» (13,15) de notre «Maître» et «Seigneur» (13,13) dans le concret de notre vie quotidienne appelée à la logique du service réciproque d’humanité et cela, «jusqu’à ce qu’il vienne» (1 Co 11,26).

Vraiment et existentiellement, la parole que le Seigneur Dieu a adressée à Moïse s’accomplit dans notre vie: «Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois, il marquera pour vous le commencement de l’année» (Ex 12,2).

De la Pâque du Christ, notre Seigneur et notre Époux, tout recommence et tout doit recommencer, dans une logique nouvelle et dans un souffle nouveau, capable d’enrayer (contenir) jusqu’à transformer en énergie d’amour passionné ce que, «déjà le diable» semble avoir non seulement mis dans notre cœur, mais presque déjà accompli inexorablement dans notre vie: un cœur, qui sait se dépouiller de lui-même en se mettant aux pieds des frères, barre la route à toute malignité et à chaque impossibilité d’aimer. Ce que nous pouvons conserver dans notre coeur comme «mémorial» (Ex 12,14), c’est que l’amour sait devenir «corps pour» (1 Co 11,24) et cela advient dans un contexte clair: «la nuit où il fut livré» (11,23). Il se peut qu’à nous aussi, il arrive parfois de traverser une nuit où notre amour est trahi… à nous de ne jamais trahir l’amour mais de le transmettre dans sa fraîcheur et toujours fidèle à soi-même «d’âge en âge… comme un décret perpétuel» (Ex 12,14). Quand les paroles ne suffisent pas et semblent ne pas venir, il y a toujours la possibilité – suivant l’exemple du Seigneur et Maître – de répéter avec une force totalement nouvelle les gestes habituels de l’amour… ceux de chaque jour, comme se nourrir et se laver, gestes qui se transforment en nourriture pour la vie des autres, en leur lavant les pieds avec le respect de qui sait donner «jusqu’au bout» (Jn 13,1).

Le Jeudi saint, qui s’ouvre avec la célébration festive de la Messe Chrismale, se termine en pleine nuit au pied du Corps et du Sang du Christ qui combat pour nous, avec nous en et en nous, et qui nous demande de ne pas céder aux «ténèbres» (Lc 22,53) et de ne pas fuir comme le jeune qui resta «nu» (Mc 14,52), mais de rester et de veiller avec le Seigneur dans une attitude nuptiale, c’est-à-dire persévérants avec lui jusqu’à la mort et «à la mort de la croix» (Ph 2,8). Au cours de ces heures, nous sommes appelés à faire de notre cœur le réceptacle où percevoir toute l’ampleur et toutes les minimes oscillations du cœur du Christ Seigneur dans lequel nos émotions, même les plus fortes et les plus contrastantes sont déjà recueillies et portées. Il s’agit d’accepter de demeurer auprès du Seigneur comme on reste auprès de l’Époux, avec la fidélité et l’ardeur de l’Épouse attentive à embrasser et quasi prévenir chaque petit désir de l’amant. Maintenant, ce que le Seigneur Jésus a à cœur est clair; l’évangéliste Jean nous le dit: «Sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout» (Jn 13,1).

Comment oublier d’être du nombre de ceux que le Seigneur Jésus a «aimés»? C’est vraiment la clé de lecture d’un amour si grand qu’il puisse nous faire cueillir l’abaissement du Seigneur Jésus – préfiguré dans le geste de laver les pieds des disciples à la veille de l’Heure à laquelle il sera mis sous les pieds de ses frères – comme la révélation de la réalité d’être pour nous un modèle de vie donnée jusqu’à l’ultime goutte, comme l’eau versée de la cruche de son cœur sur la croix où la soif est devenue ardente.

Célébrer l’Eucharistie, c’est toujours faire mémoire de ce que «le Seigneur et Maître» (13,14) nous a indiqué comme la voie de la vie et de la vérité lorsqu’il «déposa son vêtement» (13,4) afin que nous n’ayons plus à craindre notre nudité ni notre vulnérabilité de créatures et de croyants, et pour nous introduire ainsi dans la «chambre nuptiale» (Tb 6,17).

MICHEL DAVID S.

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