LITURGIE du DIMANCHE
commentaire sur la Parole

 

Le Seigneur
est vraiment ressuscité!


1 avril 2018 – Pâques



Lectures bibliques


Première lecture Ac 10,34a.37-43

Psaume: 117,1-2.16-17.22-23
Ce jour que fit le Seigneur est un jour d’allégresse!

Deuxième lecture: Col 3,1-4

Évangile: Jean 20,1-9


Au cours des jours saints, nous avons médité les récits de la Passion et ce fut toujours éprouvant de devoir se mesurer de nouveau avec la malice, la méchanceté et l’hypocrisie, en un mot, avec le mal qui peut dominer le cœur et dicter des choix contre l’amour, choix qui sont toujours contre la vie. L’apôtre Paul nous rappelle que nous avons toujours la possibilité de choisir de suivre un autre parcours. En réalité, c’est toujours possible de ne pas fuir, par peur, les exigences d’une vraie vie et d’accepter ainsi un mode nouveau de vivre qui commence toujours par une manière différente de mourir: «En effet, vous êtes passés par la mort, et votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu» (Col 3,3).

Le tems pascal nous est offert encore une fois pour nous lancer dans cette aventure d’intimité retrouvée avec le Seigneur que nous avons peut-être trahi, renié ou, quand même, déposé dans le «tombeau neuf» de l’évidence incontestable de la mort.

Le matin de Pâques, nous nous retrouvons exactement, pour ainsi dire, au point de départ. Nous sommes de nouveau contraints à retourner au «tombeau» (Jn 20,1), une parole difficile et douloureuse qui semble hanter la mémoire croyante et aimante de l’évangéliste Jean qui, en quelques versets, utilise ce terme sept fois. Alors que ce serait plus logique de repartir d’ailleurs ou, de toute façon, de continuer à vivre en se résignant à ce qui a été le défi de la foi et de l’amour qui nous font repartir du lieu même où l’espérance a été ensevelie, et ils le font pour éviter que même l’amour soit enseveli. Ce désir pousse Marie de Magdala à retourner dès que possible, en raison du repas sabbatique, non pas sur le «lieu du crime» comme l’écrirait un auteur de romans, mais sur le «lieu de l’amour» le plus total et absolu parce que le plus fragile et le plus désarmé. L’évangéliste Jean souligne que «c’était encore les ténèbres», et pourtant aucune noirceur ne peut empêcher de voir que «la pierre a été enlevée du tombeau». La même pierre qui avait scellé pour toujours la vie du Seigneur est ce qui remet tout en mouvement, obligeant non seulement à marcher, mais à courir.

En ce matin de Pâques, une pierre nous est lancée pour attirer notre attention, souvent si distraite, sur ce qui est essentiel: il ne suffit pas de voir, il faut comprendre; il ne suffit pas de regarder, il faut avoir de l’intuition. Marie de Magdala ouvre les danses pascales, tout comme Myriam, la sœur de Moïse, avait entonné le chant de la victoire au-delà de la Mer Rouge. Comme toute danse, celle de Marie n’est pas seulement une invitation à danser; elle interpelle chacun de nous afin que nous puissions courir comme les apôtres, croire comme le disciple aimé et retrouver l’ardeur du «cœur» (Lc 24,32), alors que nous retrouvons l’essentiel du sens des Écritures. Ainsi, sommes-nous placés devant l’essentiel du sens de la vie qui passe toujours par un «tour» nécessaire au tombeau tel un mouvement giratoire qui nous permet de retrouver la bonne direction pour croire, espérer, aimer.

Nous ne pouvons que nous unir à la course de l’apôtre Pierre et du disciple que Jésus aimait. Dans le parfum enivrant de la Pâques du Christ, nous voulons comprendre avec le cœur avant de voir avec les yeux. C’est ainsi, seulement ainsi, que nous serons confirmés dans notre désir de retrouver Celui que nous pensions avoir perdu à jamais. La résurrection du Seigneur n’est pas une revanche écrasante, c’est une confirmation, murmurée doucement, que l’Amour ne peut être anéanti aussi longtemps que nous lui laissons une place dans notre cœur.

Nous ne nous arrêterons jamais assez sur la note caractéristique du quatrième Évangile pour donner les indices du grand événement de la résurrection: «le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place» (Jn 20,7). Les saints Pères de même que les théologiens modernes ont beaucoup réfléchi sur ce détail, donnant différentes interprétations et, comme dans le cas d’Augustin, arrivant même à renoncer à trop expliquer le mystère de ce «suaire… plié» différemment des autres linges. Après Marie de Magdala, avec Simon Pierre et le disciple aimé, nous aussi, ce matin, en arrivant au tombeau où devrait reposer le corps sans protection du Seigneur Jésus, nous ne pouvons que sonder tous les petits détails. Que ce soit notre manière de chercher à comprendre, pour avoir l’intuition de ce qui est en train d’advenir autour de nous et en nous.

Jean Chrysostome dit que si quelqu’un avait voulu enlever le corps du Seigneur – comme Marie le dira en parlant au jardinier – il n’aurait pas perdu de temps à bien replier le suaire. Mais un autre Père – Cyrille de Jérusalem – est encore plus raffiné; il dit que ce suaire est «plié» comme s’il n’avait eu aucun contact avec la mort puisque le corps du Seigneur est «chair sans chair», mieux, il est «chair sainte». Nous pourrions dire que justement au moment de la mort et de la sépulture le «Verbe s’est fait chair» (Jn 1,14), et s’est faite «chair sainte» pour donner à notre chair et à notre humanité toute l’espérance de sa divinité. Le tombeau assume ainsi toute sa valeur de «monumentum/séma» où – que ce soit en grec ou en latin – nous trouvons la coprésence du lien à la mort qui devient témoignage de quelque chose que la mort ne peut vaincre et sur laquelle elle n’a pas prise. C’est pourquoi la nôtre ne peut être que l’invocation des disciples en route vers Emmaüs: «Reste avec nous, car le soir approche!» (Lc 24,29).

En ce jour saint et joyeux de la résurrection, nous sommes appelés à nous remettre non seulement en marche, mais à nous mettre à courir à la rencontre de la Vie qui vient à nous comme promesse exigeant l’accueil. Le Seigneur ressuscité n’est pas un «fantôme» mais une personne qui a souffert sans arrêter d’aimer «jusqu’au bout» et au-delà de la mort même. Serons-nous capables d’être ses disciples en préparant chaque jour les arômes de la résurrection pour la joie du monde?

MICHEL DAVID S.

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