LITURGIE du DIMANCHE
commentaire sur la Parole

 

La famille de Nazareth
31 décembre – Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph



Lectures bibliques

Première lecture: Gn 15,1-6; 21,1-3

Psaume: 104(105).1-6.8-9
Le Seigneur s’est souvenu de son alliance.

Deuxième lecture: He 11,8.11-12.17-19

Évangile: Lc 2,22-40



… Aujourd’hui, l’Église place la petite famille de Nazareth devant notre regard du cœur! Une famille assez «moderne» dans sa petitesse: un fils unique autour duquel tourne toute la vie de Marie et de Joseph, c’est ce que semble nous dévoiler l’Évangile d’aujourd’hui, et tourne la vie de tout Israël et de tout le monde. En effet, lorsque Marie et Joseph «amenèrent Jésus à Jérusalem pour le présenter au Seigneur», se mettant en file comme tous les autres pour tout accomplir «ce qui est écrit dans la loi» (Lc 2,23-24), ils se retrouvent devant Siméon et Anne. Ces deux vieillards reconnaissent – sous l’écorce de la Loi pleinement et amoureusement observée – rien de moins que «la rédemption de Jérusalem» (2,38).

… La liturgie nous aide à saisir plus profondément la réalité de la famille de Nazareth en la plaçant dans le cadre de l’histoire d’Israël, de sorte que Marie et Joseph sont mis en relation avec Abraham et Sara. Comme eux et plus qu’eux, la famille de Nazareth «partit sans savoir où elle allait» (He 11,18) et c’est précisément «en s’en allant» qu’elle apprit à découvrir le don de Jésus, le grand don qu’est Jésus. Nous pouvons vraiment imaginer que les parents du Seigneur ont enseigné à Jésus à aimer la route et à ne pas avoir peur de marcher, de rencontrer, d’accueillir, de se laisser accueillir. Jésus hérite de ses parents la foi dans un «plus loin» qui passe toujours à travers l’accueil de l’autre qui nous révèle ce qu’il y a «d’autre» dans notre vie et dont la présence, le mystère, la beauté nous échappent.

… Les lectures de la fête d’aujourd’hui nous aident à donner un contenu à la vertu théologale de la foi renfermée dans l’invitation que le Seigneur adresse à Abraham: «Puis il le fit sortir et lui dit: “Regarde le ciel, et compte les étoiles, si tu le peux”» (Gn 15,5) et l’Écriture ajoute: «Il eût foi dans le Seigneur» (15,6). La foi consiste à se laisser conduire «dehors» par les limites étroites de ce que nous savons déjà sur Dieu, sur nous-mêmes, sur le monde. La foi, c’est vivre normalement et tout à fait naturellement et, en même temps, continuellement attentifs aux signes prophétiques qui indiquent dans notre vivre et souffrir quotidien quelque chose de nouvellement possible. De ce même dynamisme et de cet amour du voyage, de la marche et de la recherche passionnée, les mages sont témoins, eux qui – dans nos crèches, contrairement aux autres images – font chaque jour un petit trajet qui les rapproche davantage de la grotte où l’Enfant Jésus repose et attend, comme un petit roi, d’être visité et choyé.

… En se rendant en Terre Sainte, le pape Paul VI fit un discours particulièrement touchant à Nazareth, discours resté mémorable: «Nazareth est l’école où nous commençons à comprendre la vie de Jésus, l’école de l’Évangile. Ici, nous apprenons à observer, écouter, méditer, pénétrer la signification très profonde et mystérieuse de la manifestation du Fils de Dieu, si simple, humble et belle. Peut-être que nous apprenons aussi, presque sans nous en rendre compte, à l’imiter».
… Célébrer et contempler le mystère de la famille où le Seigneur Jésus est né et a grandi, peut donner accès à d’inutiles affections romanesques si nous ne nous basons pas sur les données, par certains aspects pressants, de la Parole de Dieu et de la liturgie. La première lecture, avec la mémoire de la naissance difficile d’Isaac, nous aide à ne pas perdre de vue l’élément de mystère et d’impondérable qui accompagne chaque vie et qui marque inéluctablement tout service à la vie comme celui auquel chaque famille est appelée. À l’anxiété d’avoir un fils et au besoin d’adoucir la vie de Sara marquée par la stérilité, la réponse du Seigneur Dieu à Abraham exige une capacité de regarder en-haut, de regarder plus largement: «Regarde le ciel et compte les étoiles, si tu peux…» (Gn 15,5). Il se peut que, même aujourd’hui, le Seigneur nous conduise dehors, en plein air, devant le spectacle déchirant d’un ciel étoilé et c’est là qu’il nous aiderait à calmer nos anxiétés et nos peurs devant de nombreuses crises institutionnelles et profondes pour nous faire recommencer à rêver et à espérer.

… Le psalmiste nous confirme dans cette nécessité de vaincre la peur et la crainte : «Souvenez-vous des merveilles qu’il a faites» (Ps 104,5). La disponibilité d’Abraham reste mémorable. Il se laisse interpeler et changer au point de se remettre continuellement en voyage en se laissant guider par les signes inscrits dans les étoiles, mais d’abord par ceux qui se manifestent dans les rencontres. Siméon et Anne, comme Marie et Joseph, ont la même attitude qu’Abraham: toujours en marche et toujours attentifs aux signes de la route.

… Marie et Joseph, qui se rendent au Temple pour présenter «l’enfant et se conformer au rite de la loi du Seigneur» (Lc 2,22-23), accomplissent réellement la Loi en s’ouvrant aux nouveaux parcours que la présence de Jésus portera au cœur même de la sensibilité religieuse, tel un glaive tranchant qui distingue l’essentiel de ce qui ne l’est pas du tout. Le vieillard Siméon pense à rappeler à Marie, dans la joie de son geste d’offrande, qui est en même temps un geste de satisfaction, que l’enfant qu’elle tient dans ses bras avec Joseph doit être accompagné jusqu’à la fin: «Et toi, ton âme sera traversée d’un glaive« (2,35). N’oublions pas que ce «et toi aussi», qui semble évoquer l’expérience acquise dans le cheminement de vie et de foi, dit presque qu’il ne peut être diversement.

… Dans la contemplation joyeuse de la famille de Nazareth, nous sommes invités à nous mettre à son école qui n’est pas un modèle préconstitué et à répéter, mais l’apprentissage de la fidélité à l’autre qui devient disposition à rester près de lui partout et toujours. C’est cela qui fait d’une famille une petite réalité évangélique et qui peut, sans doute, permettre à un regard forgé par la contemplation du Christ Seigneur, de reconnaître une famille authentique en chaque réalité évangélique. Nous aussi, dans chaque réalité de partage et de solidarité humaine, nous sommes appelés chaque jour à nous remettre en route dans une grande disponibilité à nous laisser rejoindre et déstabiliser par les appels de la vie.

PRIONS: Seigneur Jésus, aujourd’hui, nous te remercions et nous contemplons ta sainte famille. Dans le mystère de réciprocité en Dieu, qui anime la famille de Nazareth, ton visage se manifeste et nous sommes tous remis à l’école de l’Évangile. Cela nous permet de transformer chaque expérience humaine en signe de l’unique amour qui nous précède et nous accompagne. Que résonne encore l’invitation à ne pas faire de halte et à ne pas nous arrêter pour aller plus loin, croisant nos pas avec ceux de tous les compagnons de route, à travers une compréhension et un amour de plus en plus grand. Tu es l’Emmanuel, le Dieu avec nous!

Michel David S.