LITURGIE du DIMANCHE
commentaire sur la Parole

 

Ils virent l’enfant avec Marie sa mère
7 janvier 2018 – Épiphanie du Seigneur



Lectures bibliques

Première lecture: Is 60, 1-6

Psaume: 71(72), 1-2.7-8.10-13
Toutes les nations, Seigneur, se prosterneront devant toi.

Deuxième lecture: Ep 3, 2-3a.5-6

Évangile: Mt 2,1-12


…L’apôtre Paul nous fait entrer de manière décisive dans cette solennité: «Frères, je pense que vous avez appris en quoi consiste la grâce que Dieu m’a donnée pour vous: par révélation, il m’a fait connaître le mystère» (Ep 3,3).

…L’épiphanie du Seigneur nous situe devant la profondeur magnifique de ce mystère – caché de par sa nature – qui s’est révélé entièrement en Jésus, dans «l’enfant» que les Mages viennent adorer en acceptant de faire un long voyage.

…Aujourd’hui, nous célébrons justement la «manifestation» du Seigneur, portant ainsi à leur accomplissement les jours et la joie de l’Incarnation du Seigneur. Nous pourrions dire qu’avec l’arrivée des Mages, finalement, nous y sommes tous, personne ne manque. Isaïe exulte: «Lève les yeux alentour, et regarde: tous, ils se rassemblent, ils viennent vers toi» (Is 60,4). Si nous nous laissons impliquer et transporter par l’enthousiasme du prophète, nous pouvons dire une chose importante: Le Verbe s’est fait chair pour nous tous, non seulement pour les bergers mais également pour les Mages, sages et riches. Le Verbe s’est rendu visible pour regarder et être regardé par tous, par ceux qui sont proches et ceux qui sont loin, par les justes et par les pécheurs, par ceux qui gardent le troupeau (bergers) et par ceux qui scrutent les mystères du ciel (les Mages). Nous sommes tous appelés «à partager le même héritage, à former le même corps et à participer à la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile» (Ep 3,6).

…La première grande annonce de ce jour, c’est que le Seigneur est le Créateur de l’univers et le Sauveur de chaque homme et de tous les hommes. Les Mages nous sont donnés comme compagnons de voyage parce qu’ils sont des hommes qui viennent de loin – de l’orient – et qu’ils ont dans le cœur une seule idée qui guide leur longue marche: «Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui» (Mt 2,2). De loin, ces hommes ont aperçu ce que personne n’avait vu de proche. C’est pourquoi ils viennent réveiller les dormeurs, tout comme les anges avaient fait avec les bergers, la nuit de la naissance du Sauveur. Ils semblent dire: «N’avez-vous pas vu que le soleil s’est levé?».

…Les Mages ont vu une étoile se lever, tout comme Balaam, l’homme au regard pénétrant qui, même étant païen, avait annoncé d’avance qu’une étoile monterait de Jacob (Nb 24). Pour voir l’étoile se lever et se mettre en voyage, les Mages devaient être des hommes profondément et radicalement tournés vers le ciel: ils le scrutaient toujours, donc, ils ont vu. De plus, ils croyaient que si le ciel fait de la place à un astre nouveau sur la terre, alors un nouveau roi est né. Puis, si cet astre est unique dans sa splendeur, alors, ce n’est pas un roi qui est né mais «le Roi», et nous partons!
…Les Mages nous enseignent que, entre le ciel et la terre, il y a un rapport intime et spéculaire, que les choses visibles nous renvoient aux invisibles. Les Mages croient et enseignent que, pour marcher sur la terre, sûrs du but, il ne faut pas regarder simplement devant soi, mais au-dessus de soi pour voir au-delà de nos propres attentes et plus loin que nos espoirs personnels. C’est seulement en regardant en haut que nous pourrons tenir la route, pas indiquée, mais la bonne.

Néanmoins, les Mages ont fait une petite erreur dans leur marche: voyant que l’étoile les conduisait en Judée, ils sont allés dans sa capitale, Jérusalem, dans la ville du roi Hérode et ont demandé: «Où est le roi des Juifs qui vient de naître?» (Mt 2,2). En posant cette question, sans le savoir et sans le vouloir, ils mettent en danger la vie de l’enfant et peut-être aussi celle de sa famille. Ce n’est qu’en reprenant le chemin du ciel qui va à Bethléem et pas à Jérusalem qu’ils trouvèrent celui qu’ils cherchaient: «voici que l’étoile qui les précédait vient s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant» (Mt 2,9).

…Une étoile qui s’arrête. Le prodige de Josué se renouvelle (Jos 10,13). L’étoile s’arrête pour un motif étonnant, pour un motif merveilleux, pour être regardée, au point que les Mages «quand ils virent l’étoile, se réjouirent d’une très grande joie» (Mt 2,10). D’un Dieu invisible et toujours en fugue au point de paraître devoir le poursuivre, voilà qu’est révélée la condescendance d’un Dieu qui se fait voir et qui s’arrête pour se faire regarder amoureusement, intensément et tranquillement. Ainsi l’étoile révèle et fait resplendir, dans toute sa douce splendeur, la vérité de cet enfant. À travers la lumière joyeuse de l’étoile, les Mages sont introduits au secret de cet enfant, à son mystère, visible seulement à quiconque a des yeux pour voir, parce qu’ils ont eu avant tout des oreilles pour écouter et des pieds pour marcher. Et voilà «qu’ils entrèrent dans la maison et virent l’enfant avec Marie sa mère, et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui» (Mt 2,11).

…L’étoile et l’enfant, l’enfant est l’étoile! Que faire devant un si grand don sinon de donner le meilleur que nous avons et le meilleur que nous sommes: l’or, l’encens et la myrrhe? Ces dons ne parlent pas seulement de Jésus; ils disent aussi quelque chose de nous, de notre humanité en marche vers un accroissement de sensibilité qui passe à travers la capacité de faire vraiment de la place à l’autre surtout quand il ne peut pas s’imposer, comme un enfant ne peut le faire.

…Devant Jésus qui se présente dans la plus grande vulnérabilité: «Les trésors d’au-delà des mers afflueront» (Is 60,5). L’humanité présente à la divinité – à peine venue dans la chair – ce qu’il y a de plus incorruptible et céleste sur cette terre: l’or qui représente la quintessence de la matière, fragments du soleil sur la terre; l’encens qui représente la possibilité de sublimation de la matière et de sa fragrance; la myrrhe qui est capable d’arrêter le processus de décomposition du corps même, dans l’attente de la résurrection.

…Les Mages disent au petit, grand Dieu, descendu des splendides espaces célestes dans l’incertitude des chemins de la terre: «Ne crains pas la chair que tu as prise, elle aussi vient du ciel et retournera au ciel; nous sommes tous un parce que nous venons de l’unique et que nous retournons à l’unique». Et encore: «Tu es le meilleur de notre terre et nous t’adorons et te reconnaissons comme le principe de la vie même». Les Mages disent à chacun de nous de trouver les chemins de la terre en tournant le regard vers le ciel et de ne jamais reprendre le même chemin, de ne jamais rebrousser chemin, parce que l’Étoile guide et renouvelle toujours nos pas: «ils regagnèrent leur pays par un autre chemin» (Mt 2,12). Et nous, où allons-nous?

MICHEL DAVID S.