LITURGIE du DIMANCHE
commentaire sur la Parole

 

Le don de l’Esprit Saint
20 mai 2018 – dimanche de la Pentecôte (solennité)




Lectures bibliques


Première lecture: Ac 2,1-11

Psaume: 103,1.24.29-31.34

Seigneur, envoie ton Esprit
pour renouveler la face de la terre!


Deuxième lecture: Ga 5,16-25

Évangile: Jn 15,26-27; 16,12-15


Dans la sensibilité du quatrième Évangile, la «vérité» ne s’identifie pas à la supposée logique si chère à la pensée grecque. Elle est synonyme du plus grand «amour» avec lequel le Christ nous a aimés jusqu’à la fin et au-delà de la fin. Le Père verse son Esprit en nous pour qu’il nous rende capables de porter le «poids» de la recherche infinie d’intimité qui devient la racine de toute forme de solidarité authentique. Embrasés de ce feu, poussés par cette brise, nous commençons et poursuivons notre route de conversion, de croissance intérieure avec la patience de quiconque connaît ses propres limites, et avec la persévérance de qui a déjà expérimenté la force et la constance d’une présence qui ne s’absente jamais.

Le don de l’Esprit accomplit pleinement les dons de Pâques en même temps qu’il ouvre le temps d’un désir d’achèvement qui fait de chaque jour une petite étape à laquelle nous ne pouvons pas renoncer vers une plénitude qui est déjà totalement reçue, mais qui est aussi à recevoir et à demander à chaque jour. C’est pour cela que l’apôtre nous adresse une forte exhortation: «Puisque l’Esprit nous fait vivre, marchons sous la conduite de l’Esprit» (Ga 5,25). Comme Grégoire le Grand le rappelait, le désir augmente si nous l’entretenons parce que l’attente, au lieu d’éteindre, ne fait qu’approfondir le désir et la passion intérieure d’accomplir les petits pas de conversion que nous essayons de faire à chaque jour. La Parole de Jésus nous l’assure solennellement: «l’Esprit de vérité vous conduire dans la vérité tout entière» (Jn 16,13). Mais c’est le Seigneur Jésus lui-même qui, avec sa miséricorde maternelle, nous console étant donné qu’il connaît la faiblesse de nos épaules au point de savoir combien et comment nous ne «pouvons pas les porter» (16,12).

Irénée de Lyon nous le rappelle: «Voilà pourquoi cette rosée nous est nécessaire parce que nous ne sommes pas finis et devenus stériles et parce que là où nous avons un Accusateur (Ap 12,10), nous avons également un Consolateur. Car le Seigneur a confié à l’Esprit Saint l’homme et son bien qui était tombé dans les mains des brigands (Lc 10,30). Le Seigneur “a eu compassion de lui, a bandé ses plaies”; il a donné “deux deniers” (v. 35) avec l’effigie du roi afin qu’après avoir reçu l’Esprit “l’image et l’inscription” (Lc 20,23) du Père et du Fils fassent fructifier cet argent qui nous a été confié et que nous le restituions au Seigneur, multiplié» (cf. Mt 25,14s). Le temps qui nous est encore donné pour faire fructifier le don que nous avons reçu devient ainsi une source de grâce pour nous-mêmes et pour tous les autres, précisément comme c’est arrivé au Cénacle où le silence et la peur se changèrent en partage courageux et serein d’une parole qui recrée l’espérance de ne plus avoir peur les uns des autres mais de se reconnaître dans une fraternité qui s’étend loin: «Habitants de la Judée et prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu» (Ac 2,11).

En réalité, nous sommes la grande œuvre de Dieu comme créatures travaillées, animées et continuellement renouvelées par la force de l’Esprit qui fait croître en nous les fruits qui servent non seulement à nourrir notre espérance mais également celle de tous: «amour, joie, paix, magnanimité, bienveillance, bonté, fidélité, douceur, maîtrise de soi» (Ga 5,22). La conséquence de cette maturation intérieure est un sens de liberté inimaginable et impayable: «en ces domaines, la Loi n’intervient pas» (5,23). En effet, la liberté est le don qui nous vient directement de Dieu tandis que même le don de notre corps est mû par des mécanismes de la nature. Le don de l’Esprit renouvelle et enracine la présence divine dans le cœur de chaque femme et homme; c’est ainsi qu’il transforme nos relations en rendant possibles deux choses essentielles: se sentir fils, se reconnaître frères. Peut-il exister un plus grand don? Peut-on offrir aux autres quelque chose de plus beau?

L’Église, comme chacun de nous, en tant que membres vivants d’un même corps, nous nous trouvons toujours dans la condition des apôtres. Après la résurrection et l’ascension, dans le Cénacle, «ensemble» (Ac 2,1) ils devinrent capables de porter et d’annoncer l’expérience vécue avec le Seigneur Jésus. Avec sa pénétration poétique habituelle, Éphrem Syro, n’hésite pas à imaginer le collège des apôtres «comme de petits flambeaux prêts à être illuminés par l’Esprit Saint pour éclairer, avec leur enseignement, la création entière». En plongeant dans la contemplation du mystère de la Pentecôte, dans son homélie pour cette solennité lumineuse, le diacre Éphrem nous aide à lire l’icône de cette fête – où les apôtres sont assis en demi-cercle – tel un sein qui attend d’être fécondé, et comme des «agriculteurs qui portent la semence dans le pan de leur manteau en attendant de recevoir l’ordre de semer». Non seulement. Il les décrit aussi «comme des marins dont la barque est attachée au port du Fils et qui attendent de recevoir la brise de l’Esprit».

Dans notre expérience quotidienne, nous savons tous que sans le feu et sans la chaleur, rien ne peut être transformé et aucun aliment ne peut être cuit. Se cela vaut pour les choses que la nature nous offre et que nous aimons transformer pour les rendre plus nourrissants et savoureux, cela vaut aussi pour nous-mêmes, pour notre vie faite d’émotions et de sentiments qui «s’opposent réciproquement» (Ga 5,17).

La Pentecôte est une transformation qui implique toute la personne et la refonde en elle-même et en relation avec les autres. L’apôtre Paul l’affirme avec force: «Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié en eux la chair, avec ses passions et ses convoitises. Puisque l’Esprit nous fait vivre, marchons sous la conduite de l’Esprit» (Ga 5,24-25).

Avec le don de l’Esprit – selon la promesse du Ressuscité – la fleur de Pâques s’épanouit dans le fruit de la Pentecôte. Son parfum de joie est perceptible comme la première gerbe que le peuple d’Israël présentait au Temple; comme la Loi désormais écrite dans les cœurs, don sur le Sinaï dont nous faisons mémoire aujourd’hui dans la Synagogue et en vertu duquel chaque personne est libérée et rendue à sa royauté originelle, comme et selon l’icône de David dont les pieux israélites rappellent toujours la naissance aujourd’hui. Avec notre disponibilité, faisons en sorte que l’Esprit renouvelle l’espérance et nous redonne la plénitude de vie.

MICHEL DAVID S.


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