LITURGIE du DIMANCHE
commentaire sur la Parole

 

27mai 2018 – dimanche de la Trinité (solennité)



Lectures bibliques


LECTURE DU LIVRE DU DEUTÉRONOME 4, 32-34. 39-40

PSAUME 32 (33), 4-5. 6. 9. 18. 20. 21-22

LECTURE DE LA LETTRE DE L’APÔTRE PAUL AUX ROMAINS 8, 14 - 17

ÉVANGILE DE JÉSUS-CHRIST SELON SAINT MATTHIEU 28, 16 - 20

 

DE TOUTES LES NATIONS FAITES DES DISCIPLES

Aussitôt après la Résurrection, voici le très bref discours d’adieu de Jésus. Cela se passe en Galilée qu’on appelait couramment le « carrefour des païens », la « Galilée des nations » ; car désormais la mission des Apôtres concerne « toutes les nations ». L’Évangile de Matthieu semble tourner court : mais, en fait, l’aventure commence ; tout se passe comme dans un film où le mot « FIN » s’inscrit sur une route qui ouvre vers l’infini. Car c’est bien vers l’infini que Jésus les envoie : l’immensité du monde et l’infini des siècles ; « Allez... De toutes les nations faites des disciples... Jusqu’à la fin du monde. »

Curieusement, ils n’ont l’air qu’à moitié préparés à cette mission !
Si Jésus était un chef d’entreprise, il ne pourrait pas prendre le risque de confier la suite de son affaire à des collaborateurs comme ceux-là : des collaborateurs qui semblent bien ne pas avoir assimilé toute la formation qu’il leur a assurée pendant trois ans. Ils font erreur sur l’objectif, sur les délais, sur la nature de l’entreprise.

Ils vont même jusqu’à douter de la réalité qu’ils sont en train de vivre ; puisque Matthieu dit clairement « Certains eurent des doutes ». La mission qui leur est confiée et qui est pleine de risques est de promouvoir un message qui les surprend encore. Folie, diront les gens sages, Sagesse de Dieu répondrait saint Paul. C’est que l’entreprise dont il s’agit n’est pas banale : elle dépasse tout ce que l’esprit humain peut imaginer ou concevoir. Il s’agit de la communication entre Dieu et les hommes. Celui qui est venu en allumer l’étincelle confie à ses disciples le soin d’en répandre le feu. « Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. »

« Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » : nous n’avons pas souvent l’occasion de nous arrêter sur cette formule extraordinaire de notre foi.Première formulation du mystère de la Trinité : l’expression « Au nom de », très habituelle dans la Bible, signifie qu’il s’agit bien d’un seul Dieu ; en même temps les trois Personnes sont nommées et bien distinctes : « Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » Si l’on se souvient que le NOM, dans la Bible, c’est la personne, et que baptiser veut dire étymologiquement « plonger », cela veut dire que le Baptême nous plonge littéralement dans la Trinité. On comprend l’ordre express de Jésus à ses disciples « Allez !», il y a urgence. Comment ne pas être pressés de voir toute l’humanité profiter de cette proposition ?

PLONGÉS DANS LA TRINITÉ

En même temps, il faut bien dire que cette formule, si habituelle pour nous aujourd’hui, était pour la génération du Christ une véritable révolution !
À preuve, quand les apôtres, Pierre et Jean, ont guéri le boiteux de la Belle Porte (Ac 3 et 4), les autorités leur ont aussitôt demandé « Au nom de quiavez-vous fait une chose pareille ? » : parce qu’il n’était pas permis d’invoquer un autre nom que celui de Dieu.
Jésus parle bien de Dieu, mais sa phrase cite trois personnes, or Dieu était unique, les prophètes l’avaient assez dit. L’incompréhension des Juifs pour les fidèles du Christ est inscrite ici, la persécution était inévitable. Jésus le sait, qui les a prévenus le dernier soir : « On vous exclura des synagogues. Bien plus, l’heure vient où celui qui vous fera périr croira présenter un sacrifice à Dieu, (c’est-à-dire croira défendre l’honneur de Dieu)... Et Jésus ajoutait : « Ils agiront ainsi pour n’avoir connu ni le Père ni moi. » (Jn 16, 2 - 3).

La mission confiée aux apôtres s’apparente bien à une folie ; mais ils ne sont pas seuls, et cela, il ne faut jamais l’oublier : dans la mesure où notre engagement n’est pas le nôtre, mais le sien, nous n’avons pas de raison de nous inquiéter des résultats : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! »... En d’autres termes, c’est nous qui allons, mais c’est lui qui a tout pouvoir...

Voici ce que l’on raconte de Jean XXIII : il paraît que peu de jours après son élection il reçoit la visite d’un ami qui lui dit « Très Saint-Père, comme la charge doit être lourde ! » Jean XXIII répond « C’est vrai, le soir, quand je me couche, je pense « Angelo, tu es le Pape » et j’ai bien du mal à m’endormir ; mais, au bout de quelques minutes je me dis « Angelo, que tu es bête, le responsable de l’Église, ce n’est pas toi, c’est le Saint-Esprit... Alors je me tourne de l’autre côté et je m’endors...! » Nous aussi, semble-t-il, nous pouvons dormir sur nos deux oreilles : l’évangélisation doit être notre travail, mais pas notre angoisse ! Jésus a bien précisé « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. »

À elle toute seule, cette petite phrase est un résumé extraordinaire de la vie du Christ : ceci se passe sur une montagne, a dit Matthieu ; laquelle on ne sait pas, mais elle évoque, bien sûr, celle de la tentation ; sur la montagne de la tentation, Jésus a refusé de recevoir d’un autre que son Père le pouvoir sur la Création : « Le diable l’emmène sur une très haute montagne ; il lui montre tous les royaumes du monde avec leur gloire et lui dit : Tout cela je te le donnerai, si tu te prosternes et m’adores. Alors Jésus lui dit : Retire-toi, Satan ! Car il est écrit Le Seigneur ton Dieu tu adoreras et c’est à lui seul que tu rendras un culte. » (Mt 4, 8). Ce pouvoir que Jésus n’a pas revendiqué, n’a pas acheté, lui est donné par son Père.

Et, désormais, ce pouvoir est entre nos mains ! À nous d’y croire... « Allez ! Et moi, ajoute Jésus, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » Le Dieu de la Présence révélé à Moïse au buisson ardent, l’Emmanuel (ce qui signifie « Dieu avec nous ») promis par Isaïe ne font qu’un dans l’Esprit d’amour qui les unit. À nous désormais de révéler au monde cette présence aimante du Dieu-Trinité.

Marie Noelle Thabut
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Compléments

Qui donc est Dieu ? C’est la question que l’humanité se pose depuis le premier jour. Il y a deux manières d’y répondre : trouver la réponse nous-mêmes, tout seuls comme des grands... Mais cela suppose que le mystère de Dieu soit à notre portée. Ou bien laisser Dieu nous souffler lui-même la réponse... Et je dis bien « souffler » : depuis des milliers d’années, le souffle de Dieu nous révèle peu à peu qui Il est.
La Trinité : l’aboutissement de la trajectoire

Il a fallu toute la durée de l’Ancien Testament pour se libérer du polythéisme et croire en un Dieu unique ; ce fut, comme on sait, une œuvre de longue haleine des prophètes. Encore ne parvint-on pas d’une seule traite au monothéisme pur. Une étape intermédiaire fut celle de l’hénothéisme : on professait un seul Dieu d’Israël, mais on concevait que les autres peuples aient leurs dieux. C’est pendant l’Exil à Babylone, semble-t-il, que l’on découvrit que Dieu est le Dieu unique de tout l’univers. La profession de foi « Shema Israël, Écoute Israël, notre Dieu est le SEIGNEUR UN » prenait alors toute sa valeur. Mais cette unicité de Dieu aurait alors paru totalement incompatible avec la reconnaissance de l’Esprit comme une personne ; il a fallu pour cela la Pentecôte et l’expérience des premières communautés chrétiennes. Quant au Fils de Dieu, ce titre habituellement donné à chaque roi le jour de son sacre, ne signifiait nullement un lien d’engendrement. C’est Jésus lui-même qui l’a révélé, mais ses paroles n’ont été comprises, elles aussi, qu’à la lumière de la Pentecôte.

Texte explicatif de la Trinité (en image, de Sr Caristas Mueller)


LA TRINITÉ
Texte: Dieter Théobald
Céramique de Sr Caristas Mueller

Notre époque veut que l'homme soit au centre. Dieu en tant que Créateur, Maître du Cosmos, Sauveur, a été placé en marge ou simplement aboli.
Dans cette céramique l'homme est également au centre. Mais quel homme? Non pas l'homme conscient et fier de ses propres valeurs. Non, c'est l'être humain dans toute sa faiblesse et sa misère.
Ici également Dieu est en quelque sorte "placé en marge". Mais ce serait mal interpréter ce que l'artiste a voulu exprimer. L'homme est bel et bien au centre. Au centre de qui? Au centre de toute l'attention de Dieu, de son amour et de sa miséricorde. L'homme misérable est englobé dans la miséricorde de Dieu.

L'homme est entouré de tous les côtés par ce Dieu "mis de côté". Plein d'amour le Père se penche sur l'homme. Il le tient, le porte, prend soin de lui, l'embrasse. Le père prodigue de la célèbre parabole.

Jésus, Fils de Dieu s'abaisse, descend aussi bas que l'être humain le plus bas. Il saisit ses pieds, les couvre de baisers, les lave. Pour accomplir à notre égard l'acte d'Amour le plus grand, il pose ce geste le plus humble qui soit. "Je ne suis pas venu me faire servir, mais servir…"

L'homme est entouré de tous les côtés par ce Dieu "mis de côté". L'Esprit Saint sous forme de colombe et de flamme de feu à la fois, fait irruption par le haut vers l'homme. Il veut le remplir, en prendre possession.
Pour Dieu l'homme est au centre. Mais en vue d'amener l'homme à faire de Dieu le centre de sa vie. Et Dieu choisit la voie du don, de la miséricorde inaltérabl
e, de l'amour débordant. L'amour circule en Dieu au bénéfice de l'homme qui en exprime le désir. Qui ne souhaiterait être au cœur d'un tel échange?.

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